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lundi 12 juin 2023

Parfois, on se demande ...

Je reçois régulièrement des offres d'emploi, qu'un réseau dit social m'envoie. Aujourd'hui, l'annonce est gratinée.

Il s'agit d'un recrutement pour un "établissement public local" créé en 2022 (mais qui existait sous une autre forme auparavant). Son titre : Responsable de la conformité et de la qualité interne. Déjà, je flaire le problème. Le contrôle interne, c'est une notion comptable (il s'agit de vérifier que l'argent ne s'évapore pas des comptes officiels). Donc l'expression "qualité interne" me laisse penser que l'on ne parle pas de la qualité telle que je la connais.

Les missions ensuite :


Contribuer à l'efficacité, faire du reporting à la DG, améliorer les processus, s'assurer du respect des procédures, faire de l'analyse des risques, faire entrer la structure dans une démarche qualité... Cela ressemble tout de même à un poste de responsable QSE.

La rubrique activités conforte cette idée - on y parle même d'une démarche RSE.

Mais les choses se gâtent ensuite :


Une formation de juriste. Pourquoi pas. Mais alors, il ne faudra pas se demander ensuite pourquoi ça ne fonctionne pas.

H.

jeudi 21 février 2019

W. Edwards DEMING et Laurent WAUQIUEZ sont dans un bateau...

La Région Auvergne-Rhône-Alpes serait, selon son président, "la mieux gérée de France". Pour preuve, les 300 millions d'euros de crédits de fonctionnement qui n'ont pas été dépensés depuis la création de cette nouvelle entité, en 2017. 300 millions d'euros, c'est une sacré somme. On devrait pouvoir s'en réjouir.

Oui, si les missions restent assurées. Et c'est là que le bât blesse. Le budget de fonctionnement est un terme vague que l'on a tendance à traduire comme étant les dépenses sur les salaires, l'éclairage, les frais de restauration, l'entretien des locaux... C'est vrai, il y a tout ça. Mais la comptabilité publique fait entrer les dépenses liées à la formation professionnelle dans le budget de fonctionnement. La moitié des 300 millions d'euros économisés l'ont été sur les dépenses en formation professionnelle continue, y compris celles liées aux formations des demandeurs d'emploi. Or il semble que l'inadéquation entre les compétences des chômeurs et les postes à pourvoir soit un frein réel au retour à l'emploi.

Les économies sont donc réalisées au détriment d'une mission d'intérêt public. Entre 2017 et 2018, le nombre d'entrées en formation en région AURA a diminué de 56%, et même de 64% pour les publics les plus en difficultés. C'est une rupture brutale par rapport à ce qui se passait sur le territoire depuis de nombreuses années.

Les conséquences sont triples :
  • les comptes de la Région se portent mieux
  • les publics en difficultés sont toujours en difficultés
  • les centres de formation ayant une trésorerie insuffisante vont disparaître (voir par exemple le cas du CNAM de Saint-Etienne)

Le dernier point est un vrai souci : si on attend que les structures à même d'assurer les formations disparaissent, sur qui pourra-t-on s'appuyer le jour où la politique changera ? Sur quel fournisseur s'appuyer quand on a laissé mourir le dernier ?

Edwards DEMING citait comme maladie mortelle pour les entreprises, la focalisation sur les profits à court terme. Il semble que ce soit valable aussi pour les collectivités.

Edwards DEMING citait aussi les 14 points essentiels pour le succès des entreprises. Parmi ceux-ci, on trouve :
  • gardez le cap
  • formez en permanence
  • instituez un programme de développement personnel

Il semble qu'une collectivité puisse aller à l'encontre de la performance de ses administrés. C'est navrant.

La question n'est pas de savoir si les formations étaient inadaptées, de mauvaise qualité ou trop couteuses : les remplacer par de meilleures formations aurait été un acte de saine gestion. Le problème ici est que les formations sont supprimées.

La question est : quel sera le cout à moyen terme de ces économies à court terme ?

Comme souvent, on ne le mesurera pas...

H

jeudi 29 novembre 2018

Dispositifs médicaux

Mardi soir (le 26 novembre 2018), nouvelle émission "Cash Investigation" sur France 2. @EliseLucet présente les résultats d'une vaste enquête menée par des journalistes de multiples pays, sur les dispositifs médicaux. Pour faire court, il s'agit de démontrer que les états - et singulièrement l'État français - n'exercent qu'un contrôle minimum sur le marché des dispositifs médicaux, ces produits qui participent au maintien ou à l'amélioration de la santé.

Ce n'est pas une nouvelle ! Depuis des années, lorsque je parle de norme ISO 13485, celle qui permet aux fabricants de dispositifs médicaux de justifier de leur marquage CE, j'insiste sur le fait que tout le système, fondé sur une certification délivrée par un organisme privé, repose sur la bonne foi, ou l'éthique, de tous les acteurs. Et l'exemple le plus parlant, c'est celui de PIP, affaire dont j'ai déjà parlé, en 2013, et en 2017. Lorsque le patron d'une entreprise décide de tricher, l'auditeur n'a à peu près aucune possibilité rendre compte.

Pour réguler le marché des dispositifs médicaux, il faut redonner à la puissance publique les moyens d'inspecter, et de sanctionner. Bien entendu, cela passe par l'allocation de moyens. Et donc de la dépense publique.

Pas sûr que cela rejoigne les aspirations des citoyens d'aujourd'hui...


H

lundi 19 novembre 2018

Unité !

Notre vie quotidienne est immergée dans les unités. Sur la balance de la salle de bains, ce sont les kilogrammes; sur notre montre (ou notre téléphone portable, les secondes, les minutes, les heures; au volant de notre voiture (et sur les radars de la maréchaussée), les kilomètres par heure; quand nous passons à la pompe à essence, les litres; ...

Ces unités sont assez anciennes, elles ont été modifiées à de multiples reprises. Et on était habitués à les savoir communes à tout le monde, scientifique et économique. Seul le kilogramme, défini à partir d'un "prototype" en alliage de platine et d'iridium posait des problèmes, puisque ce prototype maigrissait doucement (quelques dizaines de microgrammes tout de même) depuis 150 ans. Mais comme c'était l'étalon, il ne pouvait - par définition - pas varier de masse. Ce sont toutes les autres masses qui devaient, en contrepartie, grossir.

Et puis, il y a d'autres unités, moins facile à visualiser : les décibels pour mesurer l'intensité sonore, ou les Watts par mètre qui mesurent le "débit d'absorption spécifique" de nos téléphones portables.

La semaine dernière, du 13 au 16 novembre 2018, des scientifiques de tous les pays se sont réunis en conférence, et ont adopté de nouvelles définitions pour les 7 unités de mesure fondamentales. On a notamment :
  • Le kilogramme, symbole kg, est défini en prenant la valeur numérique fixée de la constante de Planck, h, égale à 6,626 070 15 × 10–34 lorsqu’elle est exprimée en J s, unité égale à kg m2 s–1, le mètre et la seconde étant définis en fonction de c et ∆νCs.
  • L’ampère, symbole A, est l’unité de courant électrique du SI. Il est défini en prenant la valeur numérique fixée de la charge élémentaire, e, égale à 1,602 176 634 × 10–19 lorsqu’elle est exprimée en C, unité égale à A s, la seconde étant définie en fonction de ∆νCs.

Les unités sont donc (seront donc à compter du 20 mai 2019)
  1. dépendantes les unes des autres : pour définir le kg, on a besoin de la vitesse de la lumière et de la seconde, pour définir l'ampère on a besoin de la seconde, etc.
  2. quantiques... Elles nécessitent de connaître les constantes d'Avogadro, de Planck, de Boltzmann et la charge élémentaire de l'électron.

Bon, ça ne rendra pas mon régime plus facile, mais je vais regarder ma balance d'un autre œil...

lundi 25 juin 2018

La gestion des déchets

Un court reportage sur France Inter ce matin, dans lequel on entend une infirmière de bloc opératoire expliquant, que pour acheter des doudous à distribuer à des enfants devant être opérés, elle récupérait, avec ses collègues, des pièces en cuivre et en inox qui auraient normalement été jetées, pour les valoriser.

C'est une excellente démarche.

Question : pourquoi cette valorisation des déchets n'est-elle pas organisée, dans tous les établissements de santé français, depuis des années ?

H

lundi 12 février 2018

Le statut des fonctionnaires

Ainsi donc le gouvernement souhaite modifier le statut des fonctionnaires. Pour le rapprocher de celui des salariés du privé. Pourquoi pas ? Tous les gouvernements de la Vème république ont, un jour ou l'autre, annoncé qu'il n'existait pas de tabou sur tel ou tel sujet.

Et l'on entend sur les radios (enfin, sur les radios que j'écoute) des échanges vigoureux pour savoir si l'administration a des "usagers" ou des "clients". Les "clients" renverraient nécessairement à une vision mercantile de la société, et les "usagers" à une vision désintéressée. Il est amusant de constater que ce même discours se retrouve dans les structures médico-sociales ou médicales. "Nous, nous travaillons avec l'humain" est la réponse universelle à toutes les propositions. Travailler avec l'humain, certes, mais en échange d'un salaire, n'est-ce pas ? Il n'est donc pas totalement absurde de faire entrer un peu d'argent dans le tableau ? Alors, client ou usager, peu importe : il faut que l'activité du professionnel puisse générer de la valeur.

Et cette valeur peut fort bien être un service. Ou toute autre prestation immatérielle. Il suffit que quelqu'un considère que cette prestation a de la valeur pour que ça marche. Lorsqu'un citoyen se rend dans sa mairie pour obtenir un extrait de naissance, ou une carte d'identité, il reconnait que l'administration municipale va l'aider dans sa démarche, ne serait-ce qu'en la traitant.

Cette personne, c'est ce qu'on appelle un client. Acceptons cette définition et ne lançons pas de polémique sur le vocabulaire, ça n'apporte pas de valeur au débat ! La reconnaissance de valeur dans l'activité rend ipso facto le citoyen client. Donc l'administration devient fournisseur.

Les organisations sont au service de leurs clients. Et le client n'est pas nécessairement le client externe, celui qui paye, ni celui ou celle qui bénéficie du service. Le client peut aussi être un client interne. Et même dans l'administration, il y a des clients internes et des fournisseurs internes. Un professeur des écoles, un professeur de collège ou de lycée, sont autant de fournisseurs de service. Mais le rectorat est également un prestataire, au service de ses clients que sont (que devraient être) les enseignants.

C'est probablement là que les choses vont coincer. L'Administration publique dépense une énergie non négligeable à s'auto-surveiller, dans des procédures qui n'identifient pas toujours les véritables clients. Alors, on tombe dans la bureaucratie, avec des personnes dont la seule activité est de vérifier que le travail des contrôleurs est bien fait. Ces personnes travaillent, mais quelle valeur ajoutent-elles au système ? Quelle valeur ont-elles à proposer à celles et ceux qui sont au contact direct des clients finaux ? Et si elles sont au service de la direction (du ministre), peuvent-elles être exclusivement au service du ministère ?

Avant de s'écharper sur les distinctions envisageables entre "client" et "usager", il serait bon de se poser la question du but : quelle est la valeur que tel ou tel pan de l'administration doit apporter à la Société.

Ensuite on construira.

H

mardi 9 janvier 2018

Le management des processus et l'administration

J'ai découvert ce matin (par hasard) le site Internet de l'AFSCA, l'Agence Belge chargée de la sécurité des aliments.
Leur site propose une cartographie interactive de leurs processus :

C'est très bien fait, on retrouve tous les processus, mais aussi les éléments d'entrée et de sortie, ce qui permet de bien visualiser les missions de cet organisme.

Pourquoi donc ne trouve-t-on pas ce genre de réalisation dans les sites français ?

H

mercredi 25 octobre 2017

La chanteuse et la journaliste

J'ai entendu hier, sur France Inter, une interview de Line Renaud. L'actrice-chanteuse descendait parait-il d'un avion la ramenant en direct de Las Vegas. J'ai compris qu'elle avait assisté à l'inauguration d'une rue qui porte son nom. J'ai dû mal comprendre (et pourtant, j'ai bien ré-écouté le passage), puisque cette Line Renaud Road a en fait été inaugurée il y a un mois, le 29 septembre 2017. Léa Salamé, qui l'interviewait, fait remarquer qu'elle est la seule française à avoir une rue à Las Vegas. "En Amérique !" corrige l'artiste. "Oui, dans toute l'Amérique, vous êtes la seule française." reprend la journaliste. Écoutez le replay, c'est à 2 minutes 40.

Moi, personnellement, ça me surprend beaucoup. Tout d'abord, on va faire l'hypothèse que "l'Amérique", ce sont les seuls États-Unis. Parce qu'au Canada, des noms de français et de françaises, on doit pouvoir en trouver dans bon nombre de villes au Québec, et même dans l'Ontario. Mais tout de même : whaoo ! Dans tous les États-Unis, pas une seule petite Française qui aurait une impasse à son nom ? Voyons voir.

Bon, des hommes français qui ont leur nom, il y en a. À commencer par Lafayette street à La Nouvelle-Orléans. Mais des françaises ? Et bien, il y en a aussi. Par exemple on trouve une Curie Road à Cornwall on Hudson, dans le Conté d'Orange, État de New-York. Et une Curie Avenue à Wellington, New Jersey, et une autre à Warren dans le Missouri, et une autre encore à Santa-Ana en Californie. Mais il n'y a pas de prénom. Peut-être ces voies sont-elles toutes dédiées à Pierre Curie ? Et puis, Marie Curie était née polonaise... Alors cherchons encore...

J'ai trouvé : Pompadour Drive, à Ashland dans l'Oregon : ça le fait comme personnalité française ?

Ou même, tiens, Joan of Arc street, à Henderson dans le Nevada. Dans le Nevada ? L'État dont la capitale est Las Vegas ? Oui, là-même. En fait, Henderson est la banlieue sud-est de Las Vegas. Il n'y a pas 15 miles (22 km) entre les 2 rues-avec-le-nom-d'une-française.

Alors, je ne sais pas, mais quand une affirmation paraît irréaliste, on la relève, gentiment. Du genre "Ah bon ? Attention, les internautes vont vérifier !".

Avec bienveillance, on va mettre tout ça sur le dos de la coquetterie...

H

mardi 17 octobre 2017

Heureux comme un pharmacien en France ...

Mon dentiste m'a donné une ordonnance pour prendre des antibiotiques :


La posologie est de 2 sachets par jour pendant 8 jours, soit 16 sachets. Une boîte contient 12 sachets. Il faut donc en acheter 2, soit 24 sachets. Une fois le traitement fini, il restera 8 sachets, à rapporter à la pharmacie.

La sécurité sociale va donc rembourser 24 unités, dont 8, le tiers, sera détruit. Le tiers qui part à la poubelle. 33,3% de gaspillage. Enfin, pas gaspillage pour tout le monde. Visiblement, les industriels doivent s'y retrouver.

Et dire que l'on trouve des personnes pour considérer que le lean management ne peut pas s'appliquer au monde de la santé !

H

mercredi 19 juillet 2017

Retard à l'allumage

Je reconnais que je me suis laissé "endormir" par l'ANSM, l'Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des Produits de Santé. Il faut dire qu'on attendait es nouveaux règlements sur les dispositifs médicaux depuis tellement longtemps que je ne faisais que jeter un coup d’œil de temps à autre à la section "textes sur les dispositifs médicaux publiés cette année" du site de l'ANSM. Et, encore aujourd'hui, la page du site continue à ne pas afficher cette information capitale. Je l'annonce donc ici :

Les Règlements européens sur les dispositifs médicaux et dispositifs médicaux de diagnostic in vitro ont été publiés au J.O. de l'Union Européenne.


Et leur publication remonte au 5 mai 2017, c'est-à dire à près de 3 mois. Vous pouvez les télécharger, en version française, en suivant ces liens :

Par-rapport aux projets, ils ont maigri, de près de 50% (respectivement 175 et 157 pages tout de même, contre plus de 300 pour les projets initiaux).

Je vais de ce pas les décortiquer, et nul doute qu'il y aura du travail de formation à organiser pour la rentrée !

Mais je suis déçu de manque de réactivité de l'ANSM !

H

jeudi 6 avril 2017

Travailleurs détachés, clause Molière et les Zetazini

L'industrie chimique a, depuis longtemps, identifié le fait que les accidents arrivaient surtout lorsque des personnes étrangères à une activité intervenaient sur une installation. Par étrangère, il faut comprendre étrangère à l'installation. Bien entendu, lorsque le travailleur ne parle pas la langue, ça complique les choses.

Alors, on utilise ce facteur de risque pour exclure les étrangers (comprendre : non-français) des chantiers publics en France. Sous le nom créatif de "Clause Molière". Bon, c'est oublier qu'une part non négligeable des francophones ne sont pas Français : selon l'Organisation Internationale de la Francophonie, pas moins de 274 millions de personnes parlent français dans le monde. Nous ne représentons donc qu'un quart du total.

Les États-Unis eux, emploient des étrangers hors des États-Unis. Et pour leur sécurité... ils leur parlent dans leur langue.

J'ai été épaté de voir le poster en créole haïtien
Il y a d'autres langues disponibles

J'aimerais voir la même chose à destination des locuteurs créole Français : SE LALWA !

H

mardi 28 février 2017

Les microbes, Donald Trump et le principe de précaution,



En octobre 2016, l'OMS avait publié un aide mémoire sur le phénomène de résistance aux antibiotiques.

Hier, 27 février 2017, La même OMS publie une liste de 12 bactéries contre lesquelles il est urgent d'avoir de nouveaux antibiotiques.

Cette liste est la suivante :

Priorité 1: CRITIQUE
    Acinetobacter baumannii
    Pseudomonas aeruginosa
    Enterobacteriaceae


Priorité 2: ÉLEVÉE
    Enterococcus faecium
    Staphylococcus aureus
    Helicobacter pylori
    Campylobacter spp.
    Salmonellae
    Neisseria gonorrhoeae


Priorité 3: MOYENNE
    Streptococcus pneumoniae
    Shigella spp.


La classe "enterobacteriaceae" représente les entérobactéries, celles qui constituent le contenu de nos intestins. Le communiqué précise "dont Klebsiella, E. coli, Serratia, et Proteus".

Ces bactéries causent des maladies, avec un taux de mortalité non nul. On s'achemine vers un jour où les médecins ne disposeront plus d'option thérapeutique, puisque l'usage répété des antibiotiques à contribué à sélectionner des variants résistants à tout les antibiotiques connus.

dans le communiqué, on peut lire : «Cette liste est un nouvel outil pour veiller à ce que la recherche-développement réponde aux besoins urgents de la santé publique», indique le Dr Marie-Paule Kieny, Sous-Directeur général à l’OMS pour le Groupe Systèmes de santé et innovation. «La résistance aux antibiotiques augmente et nous épuisons rapidement nos options thérapeutiques. Si on laisse faire le marché, les nouveaux antibiotiques dont nous avons le besoin le plus urgent ne seront pas mis au point à temps

L'OMS tire donc une sonnette d'alarme, essayant de pousser les gouvernements à mettre en place des politiques incitant les agences financées par le public comme le secteur privé à investir dans la recherche fondamentale et la recherche développement avancée pour découvrir de nouveaux antibiotiques."

Le problème du marché, c'est qu'il vise les traitements contre des maladies "de riches", comme le diabète ou les neuroleptiques. Les antibiotiques ne rapportent pas assez d'argent...

Le même jour, nous apprenons que Donald Trump annonce qu'il va augmenter le budget de la défense US de 54 milliards de dollars (à titre de comparaison, c'est plus que le budget de la défense en France). Cette somme considérable est paraît-il investie (ou dépensée) pour protéger les États-Unis. Peut-être, mais de quel ennemi ? Qui est en guerre contre les USA ? Quelle menace vaut-elle le coup de faire passer le budget de la défense de 596 (en 2016) à 650 milliards de dollars ? Les USA représentent déjà 36% des dépenses militaires mondiales ! Loin devant tous leurs ennemis potentiels !

Si M. le Président Trump se donnait la peine de consulter le Bad Bug Book, ou "Livre des Méchantes Bébêtes", publié par l'Administration de son propre pays, il y lirait que les seuls E. coli enterohémorragiques infectent 63 000 personnes par an, avec un taux de mortalité variant entre 3 et 5% Même à 3%, cela fait pas loin de 2000 morts par an. Pour Salmonella, on a 1 027 000 cas par an, avec moins de 1% de mortalité. Même à 0.5% de mortalité, on dépasse les 5000 morts par an.

Le véritable ennemi des USA (et de l'humanité entière), ce sont les bactéries. Elles font bien plus de morts chaque année que les militaires ennemis. Si demain on ne peut plus soigner les patients, les chiffres de la mortalité vont exploser. Si M. le président appliquait le principe de précaution, ou la simple analyse de risques, il devrait mettre les moyens dans la recherche pharmaceutique...

En plus, cela ferait du bien à son économie...

H

mardi 31 janvier 2017

Internet et vie privée

Vous ne connaissez probablement pas ce logo. C'est celui du "Privacy shield", le bouclier pour la vie privée, un accord négocié entre 2015 et 2016 par l'Union Européenne, la Suisse et les États-Unis. Il s'agissait entre autres de permettre aux citoyens européens d'agir en justice aux États-Unis en cas de violation de leur vie privée par une entreprise américaine. Vous avez ici la page web du système aux États-Unis, et la page que lui consacre la CNIL en France.

Las ! Dans l'Executive Order : Enhancing Public Safety in the Interior of the United States (Décret présidentiel : améliorer la sécurité publique à l'intérieur des États-Unis), signé par le Président Donald J. Trump le 25 janvier 2017, on peut lire:


Sec. 14. Privacy Act. Agencies shall, to the extent consistent with applicable law, ensure that their privacy policies exclude persons who are not United States citizens or lawful permanent residents from the protections of the Privacy Act regarding personally identifiable information.

En français, cela donne : "les agences doivent, dans les limites prévues par la réglementation applicable, s'assurer que leurs politiques concernant la vie privée excluent les personnes qui ne sont pas des citoyens américains, ou des résidents permanents légaux des protections accordées par le Privacy Act en ce qui concerne les informations permettant de les identifier personnellement."

En d'autres termes, le bouclier n'est pas remis en cause, seulement il ne protège plus que les américains. Si vous avez des informations dans "le cloud", demandez-vous par qui elles sont hébergées - et où elles sont hébergées. Et n'oubliez pas que, même si vous décidiez de tout effacer aujourd'hui même, vous ne saurez jamais combien de copies existent, ni où elles sont physiquement.

Ah ! les miracles de la technologie ...

H.

PS : il faut lire aussi ceci : Sec. 17. Personnel Actions. The Office of Personnel Management shall take appropriate and lawful action to facilitate hiring personnel to implement this order. Dans la langue de Molière : "Les ressources humaines fédérales doivent prendre les actions appropriées pour faciliter l'embauche du personnel nécessaire à la mise en œuvre de ce Décret" Au moins, il va y avoir des embauches...

dimanche 22 janvier 2017

Revoilà PIP

Le scandale des prothèses PIP, qui date de plus de 15 ans, rebondit ces jours-ci avec une décision de justice que je vais bien me garder de commenter - ce qui ne m'empêchera pas de parler de l'affaire.

Jean-Claude MAS, donc, patron de Poly-Implant Prothèse, remplissait (ou faisait remplir) les prothèses mammaires commercialisées par son entreprise par des mélanges semble-t-il fantaisiste de silicones à usages variés. L'intérêt principal étant de réaliser d'importantes économies. L'entreprise est un gros acteur du secteur (on parle du 3ème rang mondial) et exporte plus de 80% de sa production, notamment vers l'Amérique du Sud (près de 60% des volumes), l'Europe de l'Est, la Chine et les États-Unis.

Les prothèses mammaires sont des "dispositifs médicaux implantables". Les réglementations internationales sont assez claires sur le sujet : ce sont des produits qui font courir des risques importants aux citoyens. Au sein de l'Union Européenne, les dispositifs médicaux doivent être revêtus du "marquage CE". C'est la Directive 93/42/CEE qui le stipule. En fonction du classement, le fabricant doit ou non faire valider sa production par un "organisme désigné", laboratoire indépendant qui va confirmer que le produit qu'on lui a fait tester est conforme à un certain nombre de critères. Ensuite, le fabricant peut justifier de la maîtrise de son procédé pour affirmer que tous les produits qu'il fabrique sont identiques au produit ayant été testé par l'organisme notifié (et donc qu'ils sont eux aussi conformes). On parle ici d' "Assurance Qualité de la Production", ou de "Système Complet d'Assurance Qualité".

Dans les deux cas, le fabricant doit faire certifier que son système de management de la qualité est conforme aux exigences de la Norme ISO 15189 "Systèmes de management de la qualité - Exigences à des fins réglementaires". Et c'est là que j'ai des choses à dire...

L'Union Européenne a identifié que certains produits, faisant courir des risques à des citoyens, devaient être régulés. C'est une bonne approche. Mais ensuite, la surveillance est déléguée à des organismes certificateurs, structures privées et ne disposant que de très peu de moyens pour faire ce que l'on attend d'elles. Un organisme certificateur certifie la conformité du système de management à un certain nombre d'exigences normatives. L'auditeur va donc poser des questions en lien avec les exigences spécifiées dans la norme. Il n'est pas question de parler du produit.

La certification de conformité à des normes volontaires sur les systèmes de management repose sur des fondements fragiles : on fait en effet l'hypothèse de la bonne foi, de l'éthique de toutes les parties au problème. Que l'un d'entre eux veuille tricher, personne ne s'en rendra compte.

Condamner l'organisme certificateur à payer des dommages à 30 000 victimes françaises est une réponse inadaptée au problème : si les pouvoirs publics souhaitent des garanties, il faut qu'ils confient le travail d'inspection à une agence publique. En France, il s'agit de l'ANSM, qui possède des pouvoirs importants, mais pas des moyens qui lui permettraient d'accomplir sa mission. À la différence de ce qui se passe aux États-Unis, où la Food and Drugs Administration est une agence fédérale, dont les agents peuvent faire fermer un établissement sur-le-champ.

Bien sûr, cela ferait des fonctionnaires en plus...

H

mercredi 21 décembre 2016

Homéopathie

Sale coup pour les médicaments homéopathiques - au moins aux États-Unis.
Une décision de la Commission Fédérale du Commerce américaine demande que les préparations homéopathiques vendues sans ordonnance ("OTC", ou "Over the counter" en anglais) portent, sur leur emballage, les mentions suivantes:
(1) "Il n'existe pas de preuve scientifique de l'efficacité du produit", et
(2) "Les affirmations du produit ne sont basées que sur les théories de l'homéopathie datant des années 1700 qui ne sont pas acceptées par la majorité des experts médicaux modernes."

Bien sur, l'American Institute of Homeopathy n'est pas d'accord. Mais je serais surpris que cela change grand chose.

Parmi les arguments de cet institut, il y a la possibilité de mesurer le principe actif dans les produits. Voyons voir...

Lorsqu'une granule porte la mention "5 CH", cela signifie que le principe actif a été dilué 5 fois de suite au centième. On est donc au 10-milliardième. soit 0.1 ng/g Cela ne fait pas beaucoup, mais en effet, il existe des systèmes analytiques qui arrivent à un seuil de détection aussi bas. Mais quand on parle de 15 CH, on arrive à une concentration de l'ordre du milligramme dans 10 puissance 14 milliards de tonnes, ou un picogramme dans 10 puissance 8 milliards de tonnes. C'est tellement dilué que l'on en perd son latin.

En tout cas, ça en fait, des granules !

H

mercredi 5 octobre 2016

Les bras m'en tombent !

Le lecteur qui me connaitrait mal pourrait penser que j'ai une dent contre l'Éducation Nationale : il n'en est rien !

D'abord parce que mon dentiste risque de ne pas trouver la plaisanterie à son goût. Ensuite parce que je suis un produit de l'Éducation Nationale, que je lui ai confié mes enfants, et qu'ils y ont appris moult choses.

Mais là ! La photo est floue - je vous l'accorde. Mon contact au sein de cette administration qui fut qualifiée d'éléphantesque il y a quelques années n'a pas osé traverser la salle pour bénéficier d'une meilleure exposition.

Mais je crois que même s'il était net, ce schéma ne pourrait que contribuer à rendre flou le message véhiculé. Il s'agit de présenter une innovation majeure, que le monde entier va, à n'en pas douter, nous envier bientôt. Je veux parler du nouveau livret scolaire unique du CP à la troisième, cet "écosystème dense." Je rappelle que le mot écosystème se rapporte aux échanges entre des êtres vivants. Le livret scolaire serait-il devenu vivant ? Quel docteur Frankenstein s'est-il vu confier cette mission terrible ?

Sans rire, les gars ! Vous êtes payés pour ça ? Vous dépensez des sous en places de TGV pour que vos collègues viennent applaudir ? Et vous vous étonnez que l'on puisse y trouver matière à raillerie ?

Réveillez-vous ! (*)

H

(*) non, non, aucune allusion subliminale. Juste une injonction.

vendredi 30 septembre 2016

Interopérabilité

J'ai reçu récemment la photo ci-dessous, avec le défi suivant : identifier de quoi il est question. Je me suis pris au jeu.



















Même si je n'avais pas su que mon correspondant est inspecteur de l'éducation nationale, le logo en haut à gauche m'aurait renseigné. Donc, c'est un truc projeté lors d'un congrès, ou une réunion, d'inspecteurs. C'est déjà ça.

La DGESCO : facile, c'est la Direction Générale de l'Enseignement SCOlaire.

Les ENT, ce sont les Espaces Numériques de Travail.

La DNE : je sèche. Même le Site Internet du Ministère de l'Éducation Nationale, qui dispose pourtant d'une page dédiée aux sigles, sèche (il y en a pourtant pas moins de 91 qui commencent par la lettre D - la preuve en suivant ce lien). On va considérer qu'il s'agit d'une Direction quelconque.

La recherche du mot "transversalité", sur le même site, renvoie sur une page impressionnante, qui contient un lien vers un document de 32 pages, exposant les subtilités du S3IT, ou Schéma Stratégique des Systèmes et Technologies de l'Information et de la communication du Ministère de l'ÉN. Très joli, avec de belles couleurs, mais faisant le bilan en 2013 d'un programme 2011-2013. Quoi qu'il en soit, on apprend que c'est une sacré priorité : "Les priorités retenues dans le S3IT 2013 : neuf axes stratégiques déclinés en 17 programmes pluriannuels pour répondre à trois enjeux majeurs." 17 programmes, 9 axes stratégiques, 3 enjeux : pas étonnant qu'il faille une formation pour que les inspecteurs s'y retrouvent!

Parmi les axes stratégiques, il y a par exemple :

Pilotage-Décisionnel

Le développement des outils d'aide au pilotage et à la décision était déjà reconnu comme une des priorités du précédent schéma [*]. Dans un contexte où les transformations du cadre de gestion et les contraintes budgétaires sont de plus en plus prégnantes, il convient de poursuivre le développement d'un système d'information décisionnel performant répondant aux besoins de réactivité et de prévision.
Le SSID : un programme SI décisionnel en quatre volets pour répondre aux enjeux

* poursuivre la construction d'outils permettant de mesurer le suivi et l'aide au pilotage des dispositifs éducatifs
* concevoir et mettre en œuvre le volet décisionnel de siRHen et consolider les outils existants
* renforcer le pilotage financier au sein du ministère et à tous les niveaux de son organisation, centrale et déconcentrée, en maximisant les potentialités des nouveaux outils
* accroître la vision transversale en croisant différents indicateurs.


[*] Si je lis entre les lignes, et avec une vision déformée et critique : "C'était une priorité, mais comme nous n'avons pas fait assez, c'est donc encore une priorité".
Je crois que c'est le dernier volet qui décroche la palme de mon respect : "accroître la vision transversale en croisant différents indicateurs". Attention au strabisme !

Et je crois aussi que je n'ai pas réussi le défi. Je sais simplement que l'on parle informatique. Il faudra qu'un jour ou l'autre les espaces numériques de travail arrivent à travailler en bonne intelligence avec des programmes qui viendront d'ailleurs. Pour l'instant le DG machin et la DN truc y travaillent. Et on a bon espoir.

Je sais également que celui qui parle d'informatique ne sait pas accorder le féminin. Qu'en pense sa ministre ?

H

vendredi 6 mai 2016

Paradigme

Vendredi matin (6 mai 2016), sur France Inter. Le débat économique porte sur la rémunération des patrons du CAC 40. 4 millions d'euros en moyenne chaque année, soit 170 ans de SMIC. Est-ce plus ou moins justifié que les 15 millions d'euros touché par tel ou tel footballeur ? Bref, les banalités habituelles dans un débat qui ne fait pas beaucoup avancer la réflexion.

Sauf qu'à un moment, on parle des pays qui limitent, et de la France, qui a fixé comme rémunération maximum la somme de 450 000 € annuels pour les entreprises publiques. Et là, j'ai la surprise d'entendre, de la bouche de Dominique SEUX (directeur délégué du quotidien Les Échos, l'un des "débatteurs" attitrés) l'énormité suivante (je cite) : "Avec pour résultat, c'est que ceux qui vont à la tête de ce type d'entreprises publiques, par exemple EDF, ont déjà fait leur fortune avant. Voilà, bon !"

Pourquoi énormité ? Pour deux raisons :
* D'abord parce que que l'expression "ceux qui vont dans ce type d'entreprises" pourrait laisser supposer qu'ils y vont à reculons, sans motivation. Et c'est extrêmement choquant. Quand on est appelé par le gouvernement à la tête d'une entreprise publique, on va faire son travail avec enthousiasme - ou on laisse sa place.
* Ensuite et surtout parce qu'il semblerait inéluctable que les chefs des grandes entreprises n'ont comme seule moteur que le désir de faire fortune. "Voilà, bon !" Pour accepter de ne gagner "que" 450 000 euros par an (soit tout de même 37 500 euros par mois - je n'ai jamais gagné autant), il faudrait donc nécessairement "avoir fait [sa] fortune avant". Je le répète c'est très choquant.

Mais d'où tirez-vous, cher Monsieur SEUX, que l'aptitude à diriger les grandes entreprises est définitivement liée à la cupidité ?

Et comment se fait-il que, dans le studio, telle représentation ne fait bondir personne ?

H

jeudi 28 avril 2016

35 heures, RTT, vacances, le mercredi des enfants...

Depuis plusieurs années, il devient difficile de planifier des interventions en entreprise. Il faut penser aux vacances, aux vendredi de RTT, au lundi de retour de RTT...

Aujourd'hui, le cap est franchi : un client institutionnel me demande officiellement de caler les interventions les mardi ou jeudi - hors vacances scolaires, cela va sans dire.

Si je ne travaille plus que 2 jours par semaine, contenter tout le monde va être de plus en plus difficile...

D'un autre côté, je vais faire des envieux!

H

mercredi 9 mars 2016

L'énorme facture

La Norme ISO 13485 a fait peau neuve, elle vient d'être publiée en français, par l'Afnor.

Pour celles et ceux qui ne connaissent pas, elle encadre les systèmes de management de la qualité des entreprises qui fabriquent des dispositifs médicaux. Pour résumer, il est en effet généralement plus facile de justifier de l'apposition du marquage CE sur les produits une fois la certification obtenue.

La version qui avait cours jusqu'ici, bien que datée de 2012, remplaçant la version de 2008, datait en réalité de 2003. Les modifications ne touchaient que les annexes faisant le lien avec les directives européennes. Cela n’empêchait pas de présenter le document comme une nouvelle version à part entière.

J'ai acheté mon exemplaire hier. 165 euros HT, 174,07 euros TTC...

J'en ai profité pour télécharger une étude de janvier 2016, sur l'impact économique des normes. On y lit que les entreprises qui utilisent les normes voient leur croissance dépasser celle de la moyenne des entreprises de leur secteur. Dans certaines branches, cela va même de 1 à 10 (5% vs 0,5% dans l'édition - chiffres 2013).

L'utilisation de normes volontaires rapporterait ainsi, chaque année, 15 milliards d'euros à l'économie française. C'est colossal - énorme (désolé pour le jeu de mots approximatif). Et donc, la Nation dans son ensemble bénéficierait aussi de l'utilisation de normes. Donc il conviendrait que les dites normes soient facilement accessibles. C'est à dire moins chères.

Mais pourquoi le Ministère de l'économie ne prend-il pas le budget de l'Afnor en charge, de manière à rendre le cout des normes accessible au plus grand nombre ? C'est ainsi que les choses se passent en Inde, où les normes sont vendues environ 10 dollars américains pièce. Le gouvernement a décidé qu'il en allait de la compétitivité du pays, et que ce serait dorénavant la règle. Et ça marche.

Ou alors, on espère qu'une diminution des charges sur les bas salaires aura le même effet.

H.