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lundi 12 juin 2023

Parfois, on se demande ...

Je reçois régulièrement des offres d'emploi, qu'un réseau dit social m'envoie. Aujourd'hui, l'annonce est gratinée.

Il s'agit d'un recrutement pour un "établissement public local" créé en 2022 (mais qui existait sous une autre forme auparavant). Son titre : Responsable de la conformité et de la qualité interne. Déjà, je flaire le problème. Le contrôle interne, c'est une notion comptable (il s'agit de vérifier que l'argent ne s'évapore pas des comptes officiels). Donc l'expression "qualité interne" me laisse penser que l'on ne parle pas de la qualité telle que je la connais.

Les missions ensuite :


Contribuer à l'efficacité, faire du reporting à la DG, améliorer les processus, s'assurer du respect des procédures, faire de l'analyse des risques, faire entrer la structure dans une démarche qualité... Cela ressemble tout de même à un poste de responsable QSE.

La rubrique activités conforte cette idée - on y parle même d'une démarche RSE.

Mais les choses se gâtent ensuite :


Une formation de juriste. Pourquoi pas. Mais alors, il ne faudra pas se demander ensuite pourquoi ça ne fonctionne pas.

H.

jeudi 21 février 2019

W. Edwards DEMING et Laurent WAUQIUEZ sont dans un bateau...

La Région Auvergne-Rhône-Alpes serait, selon son président, "la mieux gérée de France". Pour preuve, les 300 millions d'euros de crédits de fonctionnement qui n'ont pas été dépensés depuis la création de cette nouvelle entité, en 2017. 300 millions d'euros, c'est une sacré somme. On devrait pouvoir s'en réjouir.

Oui, si les missions restent assurées. Et c'est là que le bât blesse. Le budget de fonctionnement est un terme vague que l'on a tendance à traduire comme étant les dépenses sur les salaires, l'éclairage, les frais de restauration, l'entretien des locaux... C'est vrai, il y a tout ça. Mais la comptabilité publique fait entrer les dépenses liées à la formation professionnelle dans le budget de fonctionnement. La moitié des 300 millions d'euros économisés l'ont été sur les dépenses en formation professionnelle continue, y compris celles liées aux formations des demandeurs d'emploi. Or il semble que l'inadéquation entre les compétences des chômeurs et les postes à pourvoir soit un frein réel au retour à l'emploi.

Les économies sont donc réalisées au détriment d'une mission d'intérêt public. Entre 2017 et 2018, le nombre d'entrées en formation en région AURA a diminué de 56%, et même de 64% pour les publics les plus en difficultés. C'est une rupture brutale par rapport à ce qui se passait sur le territoire depuis de nombreuses années.

Les conséquences sont triples :
  • les comptes de la Région se portent mieux
  • les publics en difficultés sont toujours en difficultés
  • les centres de formation ayant une trésorerie insuffisante vont disparaître (voir par exemple le cas du CNAM de Saint-Etienne)

Le dernier point est un vrai souci : si on attend que les structures à même d'assurer les formations disparaissent, sur qui pourra-t-on s'appuyer le jour où la politique changera ? Sur quel fournisseur s'appuyer quand on a laissé mourir le dernier ?

Edwards DEMING citait comme maladie mortelle pour les entreprises, la focalisation sur les profits à court terme. Il semble que ce soit valable aussi pour les collectivités.

Edwards DEMING citait aussi les 14 points essentiels pour le succès des entreprises. Parmi ceux-ci, on trouve :
  • gardez le cap
  • formez en permanence
  • instituez un programme de développement personnel

Il semble qu'une collectivité puisse aller à l'encontre de la performance de ses administrés. C'est navrant.

La question n'est pas de savoir si les formations étaient inadaptées, de mauvaise qualité ou trop couteuses : les remplacer par de meilleures formations aurait été un acte de saine gestion. Le problème ici est que les formations sont supprimées.

La question est : quel sera le cout à moyen terme de ces économies à court terme ?

Comme souvent, on ne le mesurera pas...

H

jeudi 29 novembre 2018

Dispositifs médicaux

Mardi soir (le 26 novembre 2018), nouvelle émission "Cash Investigation" sur France 2. @EliseLucet présente les résultats d'une vaste enquête menée par des journalistes de multiples pays, sur les dispositifs médicaux. Pour faire court, il s'agit de démontrer que les états - et singulièrement l'État français - n'exercent qu'un contrôle minimum sur le marché des dispositifs médicaux, ces produits qui participent au maintien ou à l'amélioration de la santé.

Ce n'est pas une nouvelle ! Depuis des années, lorsque je parle de norme ISO 13485, celle qui permet aux fabricants de dispositifs médicaux de justifier de leur marquage CE, j'insiste sur le fait que tout le système, fondé sur une certification délivrée par un organisme privé, repose sur la bonne foi, ou l'éthique, de tous les acteurs. Et l'exemple le plus parlant, c'est celui de PIP, affaire dont j'ai déjà parlé, en 2013, et en 2017. Lorsque le patron d'une entreprise décide de tricher, l'auditeur n'a à peu près aucune possibilité rendre compte.

Pour réguler le marché des dispositifs médicaux, il faut redonner à la puissance publique les moyens d'inspecter, et de sanctionner. Bien entendu, cela passe par l'allocation de moyens. Et donc de la dépense publique.

Pas sûr que cela rejoigne les aspirations des citoyens d'aujourd'hui...


H

lundi 12 février 2018

Le statut des fonctionnaires

Ainsi donc le gouvernement souhaite modifier le statut des fonctionnaires. Pour le rapprocher de celui des salariés du privé. Pourquoi pas ? Tous les gouvernements de la Vème république ont, un jour ou l'autre, annoncé qu'il n'existait pas de tabou sur tel ou tel sujet.

Et l'on entend sur les radios (enfin, sur les radios que j'écoute) des échanges vigoureux pour savoir si l'administration a des "usagers" ou des "clients". Les "clients" renverraient nécessairement à une vision mercantile de la société, et les "usagers" à une vision désintéressée. Il est amusant de constater que ce même discours se retrouve dans les structures médico-sociales ou médicales. "Nous, nous travaillons avec l'humain" est la réponse universelle à toutes les propositions. Travailler avec l'humain, certes, mais en échange d'un salaire, n'est-ce pas ? Il n'est donc pas totalement absurde de faire entrer un peu d'argent dans le tableau ? Alors, client ou usager, peu importe : il faut que l'activité du professionnel puisse générer de la valeur.

Et cette valeur peut fort bien être un service. Ou toute autre prestation immatérielle. Il suffit que quelqu'un considère que cette prestation a de la valeur pour que ça marche. Lorsqu'un citoyen se rend dans sa mairie pour obtenir un extrait de naissance, ou une carte d'identité, il reconnait que l'administration municipale va l'aider dans sa démarche, ne serait-ce qu'en la traitant.

Cette personne, c'est ce qu'on appelle un client. Acceptons cette définition et ne lançons pas de polémique sur le vocabulaire, ça n'apporte pas de valeur au débat ! La reconnaissance de valeur dans l'activité rend ipso facto le citoyen client. Donc l'administration devient fournisseur.

Les organisations sont au service de leurs clients. Et le client n'est pas nécessairement le client externe, celui qui paye, ni celui ou celle qui bénéficie du service. Le client peut aussi être un client interne. Et même dans l'administration, il y a des clients internes et des fournisseurs internes. Un professeur des écoles, un professeur de collège ou de lycée, sont autant de fournisseurs de service. Mais le rectorat est également un prestataire, au service de ses clients que sont (que devraient être) les enseignants.

C'est probablement là que les choses vont coincer. L'Administration publique dépense une énergie non négligeable à s'auto-surveiller, dans des procédures qui n'identifient pas toujours les véritables clients. Alors, on tombe dans la bureaucratie, avec des personnes dont la seule activité est de vérifier que le travail des contrôleurs est bien fait. Ces personnes travaillent, mais quelle valeur ajoutent-elles au système ? Quelle valeur ont-elles à proposer à celles et ceux qui sont au contact direct des clients finaux ? Et si elles sont au service de la direction (du ministre), peuvent-elles être exclusivement au service du ministère ?

Avant de s'écharper sur les distinctions envisageables entre "client" et "usager", il serait bon de se poser la question du but : quelle est la valeur que tel ou tel pan de l'administration doit apporter à la Société.

Ensuite on construira.

H

vendredi 19 janvier 2018

Mon classement Lactalis : le palmarès bouge !

Bienvenue à M. Mélanchon, grâce à cette fine analyse de l' "affaire Lactalis" : "Ça se paye de détruire l'Etat, ça se paye cher", ajoutant "C'est [Bruno Le Maire], quand il était ministre d'autre chose dans un autre gouvernement qui a supprimé des centaines de postes de contrôleurs". "Si vous ne contrôlez pas, ne vous étonnez pas qu'il y ait des problèmes".

Monsieur le député, ex-sénateur, ex-ministre, j'ai bien peur que vous n'ayez dépassé les limites de vos compétences - qui sont probablement très étendues. Mais elle restent insuffisante en matière de maîtrise de l'hygiène alimentaire.

Les contrôleurs, à eux seuls, auraient donc plus de pouvoir que les statistiques ? Malheureusement, uUn niveau de contamination aussi faible, les contrôleurs, publics ou privés, ne peuvent pas le voir avec les méthodes traditionnelles.

Mais ce qui me choque le plus, monsieur le député, c'est le parti pris que vous avez, consistant à considérer que, si l'on est riche, alors nécessairement on n'a pas de morale. Le patron du groupe Lactalis est riche (plus que vous, plus que moi), et sa richesse s'appuie (au moins en partie) sur la répartition très inégale des profits avec les éleveurs laitiers. Pour cela, d'accord, on peut suspecter une morale défaillante. Mais je pense qu'aujourd'hui rien ne permet d'affirmer que les fabricants avaient connaissance de la contamination des lots commercialisés. Encore une fois, parce que le niveau de contamination semble très faible.

Et je ne pense pas que la décision de commercialiser sciemment un ou plusieurs lots reconnus comme contaminés serait remontée jusqu'à lui. C'est en tout cas ce que je connais du fonctionnement des grands groupes. Il y aurait au moins eu un directeur sur le parcours menant du labo découvrant la contamination jusqu'au sommet de l'organigramme du groupe pour bloquer l'information. Car ce genre d'information fait courir un risque trop important de passer pour un incompétent.

En résumé, ce n'est pas parce que tout le monde est appelé à donner son avis qu'il faut en rajouter.

Ou alors, il faut amener une véritable information.

H

mercredi 25 octobre 2017

La chanteuse et la journaliste

J'ai entendu hier, sur France Inter, une interview de Line Renaud. L'actrice-chanteuse descendait parait-il d'un avion la ramenant en direct de Las Vegas. J'ai compris qu'elle avait assisté à l'inauguration d'une rue qui porte son nom. J'ai dû mal comprendre (et pourtant, j'ai bien ré-écouté le passage), puisque cette Line Renaud Road a en fait été inaugurée il y a un mois, le 29 septembre 2017. Léa Salamé, qui l'interviewait, fait remarquer qu'elle est la seule française à avoir une rue à Las Vegas. "En Amérique !" corrige l'artiste. "Oui, dans toute l'Amérique, vous êtes la seule française." reprend la journaliste. Écoutez le replay, c'est à 2 minutes 40.

Moi, personnellement, ça me surprend beaucoup. Tout d'abord, on va faire l'hypothèse que "l'Amérique", ce sont les seuls États-Unis. Parce qu'au Canada, des noms de français et de françaises, on doit pouvoir en trouver dans bon nombre de villes au Québec, et même dans l'Ontario. Mais tout de même : whaoo ! Dans tous les États-Unis, pas une seule petite Française qui aurait une impasse à son nom ? Voyons voir.

Bon, des hommes français qui ont leur nom, il y en a. À commencer par Lafayette street à La Nouvelle-Orléans. Mais des françaises ? Et bien, il y en a aussi. Par exemple on trouve une Curie Road à Cornwall on Hudson, dans le Conté d'Orange, État de New-York. Et une Curie Avenue à Wellington, New Jersey, et une autre à Warren dans le Missouri, et une autre encore à Santa-Ana en Californie. Mais il n'y a pas de prénom. Peut-être ces voies sont-elles toutes dédiées à Pierre Curie ? Et puis, Marie Curie était née polonaise... Alors cherchons encore...

J'ai trouvé : Pompadour Drive, à Ashland dans l'Oregon : ça le fait comme personnalité française ?

Ou même, tiens, Joan of Arc street, à Henderson dans le Nevada. Dans le Nevada ? L'État dont la capitale est Las Vegas ? Oui, là-même. En fait, Henderson est la banlieue sud-est de Las Vegas. Il n'y a pas 15 miles (22 km) entre les 2 rues-avec-le-nom-d'une-française.

Alors, je ne sais pas, mais quand une affirmation paraît irréaliste, on la relève, gentiment. Du genre "Ah bon ? Attention, les internautes vont vérifier !".

Avec bienveillance, on va mettre tout ça sur le dos de la coquetterie...

H

lundi 9 octobre 2017

"C'est une ânerie" (le Ministre)

Ce matin, alors que j'arrive chez un client, j'écoute France Inter, qui a un invité de marque : Bruno Le Maire, ministre de l'économie. Il est interrogé sur la politique fiscale française, et déclare "Je ne crois pas un instant à la théorie du ruissellement de l'argent, du ruissellement de la fortune, du ruissellement des riches. C'est une ânerie." Cette affirmation me fait plaisir, car de mon côté, je n'y crois pas non plus. Les très très riches vont faire ruisseler leur argent dans des paradis fiscaux, ou vont s'entre-échanger leurs jets privés, leurs appartements ou leurs hôtels, leurs œuvres d'art et leurs montres extravagantes. L'ouvrier local ne verra jamais la couleur de quoi que ce soit. L'état, un peu, puisque les voitures de grosse cylindrée vont consommer du carburant et générer de la TIPP, et les producteurs de champagne aussi.

Mais plus tard, ça se gâte. Je vous recommande d'écouter le replay, entre 03:06 et 03:37. Vous y entendrez ceci : "Le choix que nous faisons, c'est de réinjecter plus de capital dans l'économie française qui a besoin de mieux se financer. Quand vous regardez la situation économique française, c'est très simple : nous avons des entreprises qui ont du mal à se financer. Qui ne sont pas assez profitables. Et comme elles ne sont pas assez profitables, au lieu d'investir, d'innover, elles ne peuvent pas. Elles n'ont pas l'argent pour acheter un robot, pour se digitaliser, pour se moderniser, pour améliorer la qualité de leurs produits. On le sait tous, que nous avons un problème d'offre, que nos produits ne sont pas forcément aux meilleurs standards, et ne tiennent pas compte suffisamment des exigences de compétitivité."

Et bien, Monsieur le Ministre, et avec tout le respect que je vous dois, vous venez de proférer une autre ânerie (voire deux, puisque je ne vois pas le rapport entre ne pas pouvoir se financer et ne pas être profitable : les deux choses me semblent indépendantes, mais bon, je vous fais confiance)

Que certaines entreprises n'aient pas assez de réserves pour investir dans un nouvel outil de production qui leur permettrait une diversification, pour changer de technologie ou pour augmenter considérablement leurs capacités de production, je l'admets volontiers. Que la réponse à ce problème soit une plus grande disponibilité de capitaux que des propriétaires pourraient investir, je veux bien le croire aussi.

Mais lier les problèmes qualité des entreprises au manque de capitaux, ou à une taxation trop importante des revenus du capital, c'est n'importe quoi. Vraiment. La qualité des produits n'est que rarement liée à l'investissement. Le plus souvent, elle est due à de mauvaises décisions. À l'emploi de personnes non formées. À la recherche du profit à court terme. À un management par objectifs qui oublie la cohérence du système pour insister sur de optimums locaux (l'acheteur par exemple va diminuer son budget achats et sera récompensé pour cela, quelles que puissent être les conséquences sur ses collègues de production).

Le problème de l'économie française, Monsieur le Ministre, c'est que tous les décideurs - dont vous faites partie depuis de nombreuses années - parlent de qualité sans avoir la moindre idée de ce que ce concept recouvre.

Et plus ça va, moins ça me fait rire.

H

jeudi 28 septembre 2017

Frederick Winslow Taylor

Je me suis offert récemment un livre ancien, c'est Principes d'Organisation Scientifique des Usines, traduction française du livre de Taylor. Il faut dire que je parlais de l'OST (l'Organisation Scientifique du Travail) et du Taylorisme "comme tout le monde", et comme tout le monde (ou presque) je n'en avais rien lu. J'ai donc décidé de changer ça. J'ai trouvé un exemplaire de l'édition de 1911 chez un bouquiniste madrilène, et je l'ai reçu quelques jours plus tard.

Je dois avouer que la lecture de cet opuscule m'a beaucoup surpris. Et surpris à plusieurs niveaux:
  • D'abord, la méthode "scientifique" n'est pas réellement décrite. On parle de la mesure des temps, mais sans aucun détail. Ce qui est certain, c'est que de nombreux outils, en particulier statistiques, sont mobilisables dans le cadre de l'OST. Taylor décrit notamment des études conduites sur un tour destiné à usiner de l'acier, pour lequel il a fallu pas moins de 26 années pour conduire les essais ! Le plus difficile, explique-t-il, a été d'arriver à maintenir constant tous les paramètres étudiés quand on en faisait varier qu'un seul. Si seulement il avait connu Genichi Taguchi (qui ne naîtra qu'en 1928) et ses plans d'expérience en blocs incomplets, il aurait pu réaliser le même travail en quelques semaines seulement...
  • L'OST n'est donc pas seulement le découpage du travail en tâches élémentaires, c'est aussi l'adoption de méthodes de travail standardisées : si l'on veut usiner les pièces plus rapidement, il faut appliquer telle pression sur l'outil de découpe, et celui-ci doit présenter tel profil si la pièce à usiner est réalisée dans telle nuance d'acier. L'OST c'est aussi des règles à calcul, des abaques, des outils d'aide au réglage.
  • Taylor explique aussi que l'ouvirer qui travaille plus doit être rémunéré pour cela. Les augmentations de salaire recommandées sont de l'ordre de + 60 à + 100%. Le partage des profits est donc explicitement prévu. Bien sur, l'entrepreneur doit en conserver la plus grande part (l'augmentation de salaire de + 100% est réservée aux ouvriers ayant triplé leur production...), mais c'est pour diminuer le prix de vente, ce qui va donc profiter à toute la communauté, donc aux ouvriers dans leur ensemble.
  • Taylor est un fervent partisan de la formation professionnelle continue. Il explique qu'il faut sans cesse éduquer l'ouvrier, qu'il doit être accompagné jusqu'à ce qu'il sache réaliser la tâche qui lui a été confiée.
Jusque là, à ma grande stupéfaction, je suis un adepte du taylorisme ! Je ne trouve rien à redire à ces principes à la fois sensés et généreux; je regrette simplement de n'avoir pas plus de lignes directrices claires.

Malheureusement, le livre contient d'autres éléments avec lesquels je suis moins à l'aise :
  • Si l'ouvrier doit être formé, c'est le contremaitre qui décide le métier "pour lequel l'ouvrier présente les meilleures aptitudes". Il n'est absolument pas question de développement personnel !
  • Taylor a une manière extrêmement brutale et méprisante de parler des ouvriers. Il décrit même le "type bœuf", un ouvrier fort et aux facultés intellectuelles limitées, à qui l'on confiera des tâches comme "manutentionner des gueuses de fonte" - tâche qui devait être assez peu exaltante;
  • Il recommande même de parler sur un ton méprisant aux ouvriers, pour les forcer à réagir comme le patron le souhaite.
  • Il a également une manière assez méprisante de parler des syndicalistes et du dialogue social. Son organisation scientifique est présentée comme supprimant les jours de grève. Je reste très dubitatif sur cet aspect-là.

Le plus fort - si je puis m'exprimer ainsi - est la préface écrite par Henry Le Chatelier, membre de l'Institut. Ce grand chimiste, à qui l'on doit la "Loi générale de modération", se pique ici de décrypter la science économique. Je le cite: "Cette lutte incessante du capital et du travail, arrivée aujourd'hui [on est en 1911 !] à l'état aigu, a deux origines bien distinctes : la méchanceté naturelle de l'homme qui le pousse à faire le plus de mal possible à son prochain, soit pour lui prendre son bien, soit pour le simple plaisir du mal, et plus heureusement encore, son ignorance de son véritable intérêt.". Ah! l'ouvrier bête et méchant... le joli cliché que voilà. À le lire, on sent qu'il n'avait guère d'atomes crochus avec Karl Marx.

Je le cite encore : "La diffusion générale de la croyance à l'existence de lois naturelles inévitables [il parle ici de l'économie], c'est à dire la croyance au Déterminisme, constituera un progrès énorme, même si les lois dont on admet la possibilité restaient encore toutes inconnues." En d'autres termes: "Je sais qu'il existe des lois, je ne sais pas lesquelles, mais je sais qu'elles vont justifier mes affirmations". Pour un scientifique, je le trouve bien léger...

En définitive, il s'agit là d'un ouvrage ... que l'on peut oublier!

H

mercredi 19 juillet 2017

Retard à l'allumage

Je reconnais que je me suis laissé "endormir" par l'ANSM, l'Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des Produits de Santé. Il faut dire qu'on attendait es nouveaux règlements sur les dispositifs médicaux depuis tellement longtemps que je ne faisais que jeter un coup d’œil de temps à autre à la section "textes sur les dispositifs médicaux publiés cette année" du site de l'ANSM. Et, encore aujourd'hui, la page du site continue à ne pas afficher cette information capitale. Je l'annonce donc ici :

Les Règlements européens sur les dispositifs médicaux et dispositifs médicaux de diagnostic in vitro ont été publiés au J.O. de l'Union Européenne.


Et leur publication remonte au 5 mai 2017, c'est-à dire à près de 3 mois. Vous pouvez les télécharger, en version française, en suivant ces liens :

Par-rapport aux projets, ils ont maigri, de près de 50% (respectivement 175 et 157 pages tout de même, contre plus de 300 pour les projets initiaux).

Je vais de ce pas les décortiquer, et nul doute qu'il y aura du travail de formation à organiser pour la rentrée !

Mais je suis déçu de manque de réactivité de l'ANSM !

H

mercredi 28 juin 2017

jeu de dupes ?

comme tout le monde, il m'arrive de recevoir des sondages sur Internet, et même d'y répondre. C'est ce que je faisais ce soir lorsqu'un message d'erreur m'a réveillé. Je reconnais que je n'avais pas lu la question très attentivement, et que je pensais qu'il fallait choisir l'une des deux marques. Voilà ce qui m'est apparu :

C'est un sondage, mais je n'ai pas le droit de favoriser une des deux marques... Que voilà une étrange manière de demander leur avis aux sondés. Et pour le client, quelle confiance accorder aux résultats ?

Et si demain, on appliquait ce genre de contraintes aux élections ? Non, je plaisante !

H

mercredi 7 juin 2017

Cherchez l'absent...

Cette semaine, au tribunal correctionnel de Douai, a débuté le procès qui fait suite à une intoxication alimentaire remontant à 2011, au cours de laquelle 18 personnes avaient été victimes de la (trop) fameuse bactérie Escherichia coli O157H7 (voir par exemple le résumé sur le site du Point. Un enfant notamment, souffre de séquelles très graves. L'aliment en cause était un steak haché, fabriqué à façon pour Lidl par SEB (non, pas ceux qui fabriquent des cocottes-minutes).

Je tiens à préciser que j'ai beaucoup de compassion pour les victimes et leur familles. Cette intoxication est pour eux un drame, et je me sers d'exemples comme celui-ci (mais Lidl n'est pas la seule enseigne à avoir eu ce genre de problèmes par le passé) lorsque j'interviens pour parler de maîtrise de l'hygiène. Ce que je vais écrire n'est probablement pas "entendable" par eux, mais je vais tenter d'apporter quelques éclairages complémentaires, car on lit pas mal d'imprécisions ou d'inexactitudes dans la presse.

  1. Escherichia coli (ou E. coli) O157H7 est une bactérie qui se développe bien aux températures généralement utilisées dans les chambres froides (autour de 3°C) et qui est pathogène, ce qui en fait une menace redoutable pour la santé des consommateurs. On la connait depuis plus de 20 ans en Europe continentale, plus longtemps encore aux USA ou au Japon. On sait donc détecter sa présence dans un aliment, ou dans des matières premières. Le test a un cout, il n'est pas instantané, mais il existe.
  2. Le problème, c'est que, comme son nom l'indique, E. coli O157H7 n'est qu'une des innombrables souches d'E. coli. Parmi les autres souches pathogènes, il y a aussi les familles O26, O103, O111 ou O145. On sait les rechercher, mais ça présente un cout, et cela prend du temps. Sans compter qu'il y a d'autres bactéries pathogènes dans la viande, à commencer par le fameux staphylocoque doré. On sait le rechercher, mais cela a un cout, et prend du temps...
  3. E. coli O157H7 est tuée à la cuisson. A condition que les steaks hachés soient cuits à cœur. Or, un steak haché cuit à cœur, c'est vite très sec, et peu agréable à manger. C'est pourquoi on mange souvent les steaks hachés encore rosés à cœur, ce qui ne les rend pas intrinsèquement dangereux. En effet, si l’aliment n'est pas contaminé au départ, il n'est pas dangereux, on pourrait même le consommer cru. Mais s'il est contaminé, alors on se prive d'un moyen de maîtrise du risque. Si les enfants avaient eu des aliments bien cuits, ils se porteraient bien aujourd'hui. (les cantines scolaires saisissent le steak sur un grill, puis terminent la cuisson au four à vapeur, ce qui présente l'avantage de ne pas dessécher le produit, tout en garantissant la salubrité)

    Voir à ce sujet la fiche faite par l'ANSES
  4. La recherche des contaminants microbiologiques se fait en détruisant le produit : vous ne pouvez pas commercialiser le steak haché sur lequel vous avez réalisé la recherche. Si le fabricant souhaite vendre des produits, il ne peut pas faire autrement que procéder à un échantillonnage aléatoire. On contrôle un produit parmi d'autres, et espérant qu'il soit représentatif de tout le lot. Pour les steak hachés, on a de la chance, le procédé de fabrication passe par un mélange qui homogénéise bien la contamination (ou qui la dilue bien, tout dépend de la manière dont on regarde la chose). Lorsque l'on prépare une mêlée d'une tonne, cela représente 10 000 steaks de 100 grammes. On va en tester un, rarement plus...
  5. Bien entendu, si l'on doit tester les matières premières, on va également prendre un échantillon aléatoire. Parce que faire 800 échantillons avant de produire, c'est économiquement très dur à tenir.
  6. lorsqu'on fait des contrôles microbiologiques, on sait aussi que les résultats doivent être interprétés avec une échelle logarithmique dans la tête. 770 ufc/grammes, ce n'est pas "bien plus élevé" que 500. L'incertitude sur le comptage est de l'ordre de 30% Donc 770, c'est quelque part entre 539 et 1001 ufc/g. Une concentration "bien plus élevée" c'est 10 fois la limite, ou au moins 5 fois cette limite. Cela ne rend pas l'absence d'analyse complémentaire plus acceptable, cela relativise la décision prise à l'époque.
  7. On lit dans la presse que 2 "dirigeants" de SEB sont aujourd'hui poursuivis. Il y a le fondateur de SEB, 70 ans à l'époque, et le responsable qualité. Pour le fondateur de SEB, je pense qu'il était le dirigeant. Mais en ce qui concerne le responsable qualité, je sais (je ne pense pas : je sais) qu'il n'avait même pas le statut de cadre. Et je sais aussi que l'usine était dirigée par un ingénieur (agronome de surcroît, ce qui ne me réjouis pas plus que ça), lequel avait de réels pouvoirs de décision et d'arbitrage. Et je crois savoir que son éthique n'était pas irréprochable (il aurait, m'a-t-on dit, demandé à un vétérinaire que M. Lamorlette venait d'embaucher, s'il était capable de mentir sur ordre, provoquant du même coup la fin de contrat de ce véto). Si le plan de surveillance a été allégé, cet ingénieur a nécessairement été au courant. Je me demande où il est ce monsieur, aujourd'hui ? Je ne suis pas en train d'écrire que l'on poursuit un lampiste, j'écris qu'il manque au moins un prévenu à l'audience.
  8. Si j'écris "au moins un", c'est que le client (ici, Lidl) a peut-être aussi une part de responsabilité. Pour vendre pas cher, il faut acheter pas cher. Et dans ce cas, il faut avoir une confiance aveugle dans la capacité de son fournisseur à pouvoir produire à bas coût sans compromettre le cahier des charges. Et cette confiance, généralement, on la construit en accompagnant son fournisseur, en le suivant de près. Est-ce que cela a été fait autant que cela aurait dû être fait ?
Au fait, pourquoi ce long billet ? Pour passer plusieurs messages
  • les économies d'échelle (préparer 10 000 steaks d'un coup, au lieu d'un ou deux), augmentent considérablement les risques. Tous les industriels qui jouent à ça devraient le savoir. Lorsque l'économie de Java ou de Sumatra sera ruinée en une ou deux saisons parce qu'un ravageur aura dévasté les plantations de palmiers à huile, on en aura une (déplorable) preuve éclatante.
  • certains aliments sont plus fragiles que d'autres. Le steak haché en fait partie. Cuisez ces aliments assez pour que les microbes soient détruits. Cela ne coute pas cher, et c'est un bon moyen.
  • un autre moyen, c'est d'acheter un morceau de viande et de le hacher soi-même, immédiatement avant de le cuire.
  • enfin, messieurs (et mesdames) les dirigeants d'entreprise, veillez à l'éthique de vos cadres. Ce sont leurs décisions qui vont détruire vos investissements...
Pensez aussi à former vos décideurs. Le risque est souvent bien mieux accepté lorsqu'il n'est pas connu...

H

lundi 15 mai 2017

Soyons modernes : écrivons des modes opératoires !

Je suis allé prendre de l'essence ce soir. Je me suis arrêté dans une de ces stations totalement automatisées, sans personnel. Les pompes ont subi une cure de rajeunissement, elles sont impeccables. Le lifting a eu lieu il y a quelques semaines seulement.

Il faut en féliciter le propriétaire, la maison Esso.

Sur la pompe, il y a un mode d'emploi, qui nous recommande :
1) de couper le moteur
2) de décrocher le pistolet et de faire le plein
3) de raccrocher le pistolet
4) d'aller payer.

Celui qui voudrait essayer de suivre le mode d'emploi serait certain de ne pas y arriver. Chacun sait que, sur ce genre de matériel, on paye d'abord, on se sert ensuite. Plus exactement, on autorise, avant de se servir, la machine à débiter ensuite le montant correspondant au volume de carburant délivré.

Qui donc a pu valider la création, l'impression et l'utilisation d'un tel mode opératoire ?

H

mardi 11 avril 2017

Vous aussi, Madame Arthaud !

En ces temps pré-électoraux, on entend de nombreux candidats sur les ondes des radios. Ce matin, c'était le tour de Nathalie Arthaud, professeur agrégée d'économie et de gestion (si j'en crois la page Wikipedia qui lui est consacrée).

Elle a dit tout le mal qu'elle pensait des patrons exploiteurs, et a terminé son intervention en affirmant que pour regagner en compétitivité, il suffisait que les dits patrons rognent sur leurs marges. C'est la même erreur fondamentale que celle que commettent régulièrement les économistes libéraux contre lesquels je m'emporte régulièrement. Le même syndrome du plan comptable général. Pour tous ces gens qui ne voient que par le même bout de la même lorgnette, il n'y a qu'une manière de faire de la compétitivité : en diminuant les couts.

Je reconnais qu'ils ne tapent pas dans la même ligne : les salaires et les impôts pour les uns, la rémunération des actionnaires pour l'autre. Mais jamais personne ne leur dira que les dirigeants peuvent aussi se mettre à travailler mieux ? À faire "de la qualité" ?

Vous voulez quoi ? Que je me présente ? (même pas en rêve !)

H

jeudi 6 avril 2017

Travailleurs détachés, clause Molière et les Zetazini

L'industrie chimique a, depuis longtemps, identifié le fait que les accidents arrivaient surtout lorsque des personnes étrangères à une activité intervenaient sur une installation. Par étrangère, il faut comprendre étrangère à l'installation. Bien entendu, lorsque le travailleur ne parle pas la langue, ça complique les choses.

Alors, on utilise ce facteur de risque pour exclure les étrangers (comprendre : non-français) des chantiers publics en France. Sous le nom créatif de "Clause Molière". Bon, c'est oublier qu'une part non négligeable des francophones ne sont pas Français : selon l'Organisation Internationale de la Francophonie, pas moins de 274 millions de personnes parlent français dans le monde. Nous ne représentons donc qu'un quart du total.

Les États-Unis eux, emploient des étrangers hors des États-Unis. Et pour leur sécurité... ils leur parlent dans leur langue.

J'ai été épaté de voir le poster en créole haïtien
Il y a d'autres langues disponibles

J'aimerais voir la même chose à destination des locuteurs créole Français : SE LALWA !

H

vendredi 31 mars 2017

Alexa

J'ai entendu François Asselineau à la radio aujourd'hui. C'est un des candidats à l'élection présidentielle du mois prochain. Il est régulièrement (toujours, en fait) plutôt critique sur l'impérialisme américain, pays qui (selon lui) fait la pluie et le beau temps partout sur la planète, décidant même de la taille des nouvelles régions françaises (j'avoue avoir du mal à croire qu'il affirme ça sans rire sous cape) Si vous en doutez, allez voir une de ses vidéos - je vous recommande d'aller directement à 50 minutes et 20 secondes). Le fait que l'ancien découpage des départements de la Révolution (pour lesquels le chef-lieu devait être atteignable en un journée de cheval) ne tienne plus aujourd'hui semble avoir échappé à cet historien érudit...

Pendant l'interview, il s'est félicité que son site Internet soit le plus visité de tous les sites de partis politiques français "selon Alexa", a-t-il précisé.

La référence est admirable, et pour au moins deux raisons.

D'abord parce qu'Alexa appartient à Amazon, une entreprise clairement américaine, et clairement expansionniste.

Ensuite parce que l'outil Alexa est essentiellement basé sur les visites réalisées par les utilisateurs qui ont installé dans leur navigateur la barre d'outils d'Alexa ("Alexa toolbar"). Or, ces utilisateurs sont très rares en France. Demandez autour de vous : personne n'utilise cet outil - en particulier parce qu'il est assimilé par les éditeurs de logiciels antivirus à un logiciel malveillant. Ainsi pour Symantec, c'est un "Trackware", un logiciel qui collecte vos données de navigation. Pour McAfee, c'est un "Adware", un logiciel qui draine des publicités vers votre navigateur (et qui pour cela doit recueillir des données sur vos habitudes de navigation).

Il est fort probable que seules des personnes versées principalement dans le marketing, la création ou l’optimisation de sites Internet souhaitent utiliser ce genre d'outils. Il est aussi fort probable que ces personnes soient plutôt anglo-saxonnes. Et donc que les statistiques d'Alexa concernant des sites politiques français soient très fortement biaisées. Un site français (malgré son nom) comme WebRankInfo, avec l'outil MyRankingMetrics, n'en tient aucun compte.

Si le site de l'UPR a le meilleur classement chez Alexa, c'est qu'il y a plus d'américains qui s'y intéressent. Ou plus de personnes qui n'ont pas peur de confier leur historique de navigation à une entreprise commerciale américaine.. Pas de quoi se glorifier (à mon avis). Mais cela n'empêche pas de trouver du réconfort n'importe où, n'est-ce pas ?

Conclusion : la vraie sagesse vient de la compréhension des phénomènes, pas de la retransmission de faits.

H

dimanche 22 janvier 2017

Revoilà PIP

Le scandale des prothèses PIP, qui date de plus de 15 ans, rebondit ces jours-ci avec une décision de justice que je vais bien me garder de commenter - ce qui ne m'empêchera pas de parler de l'affaire.

Jean-Claude MAS, donc, patron de Poly-Implant Prothèse, remplissait (ou faisait remplir) les prothèses mammaires commercialisées par son entreprise par des mélanges semble-t-il fantaisiste de silicones à usages variés. L'intérêt principal étant de réaliser d'importantes économies. L'entreprise est un gros acteur du secteur (on parle du 3ème rang mondial) et exporte plus de 80% de sa production, notamment vers l'Amérique du Sud (près de 60% des volumes), l'Europe de l'Est, la Chine et les États-Unis.

Les prothèses mammaires sont des "dispositifs médicaux implantables". Les réglementations internationales sont assez claires sur le sujet : ce sont des produits qui font courir des risques importants aux citoyens. Au sein de l'Union Européenne, les dispositifs médicaux doivent être revêtus du "marquage CE". C'est la Directive 93/42/CEE qui le stipule. En fonction du classement, le fabricant doit ou non faire valider sa production par un "organisme désigné", laboratoire indépendant qui va confirmer que le produit qu'on lui a fait tester est conforme à un certain nombre de critères. Ensuite, le fabricant peut justifier de la maîtrise de son procédé pour affirmer que tous les produits qu'il fabrique sont identiques au produit ayant été testé par l'organisme notifié (et donc qu'ils sont eux aussi conformes). On parle ici d' "Assurance Qualité de la Production", ou de "Système Complet d'Assurance Qualité".

Dans les deux cas, le fabricant doit faire certifier que son système de management de la qualité est conforme aux exigences de la Norme ISO 15189 "Systèmes de management de la qualité - Exigences à des fins réglementaires". Et c'est là que j'ai des choses à dire...

L'Union Européenne a identifié que certains produits, faisant courir des risques à des citoyens, devaient être régulés. C'est une bonne approche. Mais ensuite, la surveillance est déléguée à des organismes certificateurs, structures privées et ne disposant que de très peu de moyens pour faire ce que l'on attend d'elles. Un organisme certificateur certifie la conformité du système de management à un certain nombre d'exigences normatives. L'auditeur va donc poser des questions en lien avec les exigences spécifiées dans la norme. Il n'est pas question de parler du produit.

La certification de conformité à des normes volontaires sur les systèmes de management repose sur des fondements fragiles : on fait en effet l'hypothèse de la bonne foi, de l'éthique de toutes les parties au problème. Que l'un d'entre eux veuille tricher, personne ne s'en rendra compte.

Condamner l'organisme certificateur à payer des dommages à 30 000 victimes françaises est une réponse inadaptée au problème : si les pouvoirs publics souhaitent des garanties, il faut qu'ils confient le travail d'inspection à une agence publique. En France, il s'agit de l'ANSM, qui possède des pouvoirs importants, mais pas des moyens qui lui permettraient d'accomplir sa mission. À la différence de ce qui se passe aux États-Unis, où la Food and Drugs Administration est une agence fédérale, dont les agents peuvent faire fermer un établissement sur-le-champ.

Bien sûr, cela ferait des fonctionnaires en plus...

H

jeudi 22 décembre 2016

Principes de management

Sur LinkedIn, un bel article d'André Borschberg, le co-créateur du projet Solar Impulse , cet avion solaire qui a bouclé un tour du monde cette année. C'est intitulé "8 principes pour rendre possible l'impossible". C'est tellement bien, que je vous fais une traduction des grands titres :

1 - Faites en sorte que votre vision soit concise, claire ("crisp"), facile à communiquer et compréhensible. Elle doit être suffisamment claire pour que vous n'ayez jamais à la répéter !

2 - Associez-vous avec quelqu'un qui complète votre vision du monde et vos compétences. Il est important qu'il ou elle soit très différent de vous car c'est ce qui fait que vous êtes différent qui créera de la valeur. Mais il est également critique que vous partagiez une base commune très solide qui vous fera rester ensemble dans les temps difficiles.

3 - Créez une équipe à haute performance en combinant "l'empowerment" et le défi. En proposant des défis à votre équipe, vous élargirez leur territoire de savoir, de compétence et de confiance.

4 - Soyez un coach dans les temps calmes, et un leader dans la tempête.

5 - Construisez des forces opposées dans votre équipe pour éviter l'autosatisfaction et rater vos objectifs.

6 - Soyez sur d'accueillir l'inattendu et le changement.

7 - Voyez les obstacles comme des opportunités. Quand vous êtes confronté à un problème, passez assez de temps pour comprendre ce que la nouvelle situation va vous apporter.

8 - Préparez-vous au pire pour libérer votre esprit de l'anxiété et les pensées négatives.

Vu ce qu'il a réussi à accomplir, je pense que l'on peut lui faire confiance !

H

vendredi 2 décembre 2016

Encore vous, Monsieur SEUX ?


Décidément, l'un d'entre nous n'a pas de chance. Soit c'est vous, parce que j'épingle régulièrement vos propos, soit c'est moi, parce que je suis à l'écoute de la radio sur laquelle vous distillez vos analyses à l'heure à laquelle vous le faites.

Hier 2 décembre 2016, sur France Inter, vous avez lu votre papier, dans lequel vous avez en un temps record analysé les échecs du président sortant. Vous avez notamment dit ceci : "Ils [les socialistes] n'avaient pas vu que le problème numéro un de notre économie n'était pas budgétaire mais la perte de compétitivité. Et comme François HOLLANDE a commencé par créer un choc de défiance avec les impôts, il a mis quelques mois fatals pour se pencher sur le vrai sujet : les entreprises. Le retard à l'allumage n'a jamais été rattrapé."

Je ne m'étendrai pas sur ce constat étrange, en désaccord avec ce que vous expliquez à longueur de temps : vous dites en gros que le problème n'est qu'un retard à l'allumage de quelques mois - donc que la politique suivie était la bonne, et qu'il suffit de continuer à attendre un peu. Ni sur le fait que vous appelez visiblement de vos vœux l'interventionnisme de l’État - ce que vous récusez d'habitude.

Ce qui me choque, comme toujours, c'est que vous excluez de votre cadre de référence la possibilité que les leviers de compétitivité les plus importants puissent se retrouver à l'intérieur même de l'entreprise, dans des organisations à réformer. Pas en supprimant du personnel, en robotisant ou en recherchant des fournisseurs low-cost ailleurs qu'en France; non  en arrêtant de gaspiller des ressources précieuses en décisions absurdes, en échelons hiérarchiques structurels n'apportant aucune valeur, se contentant de surveiller et de contrôler le travail d'autres surveillants et contrôleurs qui eux-même surveillent et contrôlent d'autres personnes. Ou en laissant écrire des procédures dont le seul objet est de contrôler que d'autres procédures sont bien appliquées. Vous sauriez, Monsieur SEUX, si vous aviez passé quelques temps dans les échelons subalternes d'une entreprise du secteur marchand (ou dans une structure publique, les mauvaises pratiques se retrouvent partout), que les politiques sont totalement impuissants à ouvrir les yeux des chefs d'entreprises qui pensent que les solutions à leurs problèmes passent par des interventions externes. Qui sont persuadés que les erreurs ne peuvent venir que des couches inférieures de la pyramide hiérarchique. Qui ne pensent compétitivité qu'au travers du plan comptable, lequel ne possède aucune rubrique pour les décisions absurdes, les choix stratégiques désastreux ou les gaspillages institutionnalisés.

Tant pis pour ceux qui vous écoutent !

H

jeudi 3 novembre 2016

Aller au devant des attentes du client

J'ai dormi à l'hôtel cette nuit. Bonne literie, peu de bruit malgré la proximité de la circulation, rien à dire. Mais le message d'accueil sur la page web qui s'affiche après connexion au réseau wifi est pour le moins amusante :
Ils s'engagent à satisfaire ... toute volonté que je pourrais exprimer ? Wahou ! ils ne savent pas à quoi ils s'attendent ! Voilà ce qu'on appelle de la satisfaction du client !

A moins qu'il ne s'agisse, plus prosaïquement, d'un manque de sérieux dans le travail ?

H

mercredi 5 octobre 2016

Les bras m'en tombent !

Le lecteur qui me connaitrait mal pourrait penser que j'ai une dent contre l'Éducation Nationale : il n'en est rien !

D'abord parce que mon dentiste risque de ne pas trouver la plaisanterie à son goût. Ensuite parce que je suis un produit de l'Éducation Nationale, que je lui ai confié mes enfants, et qu'ils y ont appris moult choses.

Mais là ! La photo est floue - je vous l'accorde. Mon contact au sein de cette administration qui fut qualifiée d'éléphantesque il y a quelques années n'a pas osé traverser la salle pour bénéficier d'une meilleure exposition.

Mais je crois que même s'il était net, ce schéma ne pourrait que contribuer à rendre flou le message véhiculé. Il s'agit de présenter une innovation majeure, que le monde entier va, à n'en pas douter, nous envier bientôt. Je veux parler du nouveau livret scolaire unique du CP à la troisième, cet "écosystème dense." Je rappelle que le mot écosystème se rapporte aux échanges entre des êtres vivants. Le livret scolaire serait-il devenu vivant ? Quel docteur Frankenstein s'est-il vu confier cette mission terrible ?

Sans rire, les gars ! Vous êtes payés pour ça ? Vous dépensez des sous en places de TGV pour que vos collègues viennent applaudir ? Et vous vous étonnez que l'on puisse y trouver matière à raillerie ?

Réveillez-vous ! (*)

H

(*) non, non, aucune allusion subliminale. Juste une injonction.