mercredi 28 octobre 2015

Ils sont gentils !

Les connexions Internet, chacun sait ça, ça va ça vient. Quand ça va, on n'y pense pas, mais quand ça ne va plus, on a tendance à s'irriter rapidement. La connexion Internet est en passe de devenir le nouveau niveau de la pyramide de Maslow (je la mets entre les besoins physiologiques et le besoin de sécurité).

Ce soir, ça ne va pas. Et mon fournisseur d'accès, la maison Orange, a détecté un problème lié à la ligne de fils de cuivre qui me connectent au réseau. Et ils m'avertissent gentiment :

Lisez bien : ils me recommandent, pour avoir de plus amples informations, d'aller me renseigner sur leur site internet. En d'autres termes, ils me disent "votre connexion internet ne marche pas, si vous voulez en savoir plus, allez sur internet". Mais comment je fais ?

Ils sont gentils... mais pas très malins !

H

mardi 20 octobre 2015

Militantisme (et casse-pieds)

J'ai beaucoup de respect pour les militants. Des individus passionnés, qui croient en ce qu'ils font, qui portent leurs idées contre vents et marées. Même quand je condamne les idées en question.

J'accepte aussi que ces militants utilisent des méthodes s'apparentant au marketing pour diffuser les idées en question. Et donc, j'accepte également de voir ma boîte courriel remplie de ces prospectus plus ou moins bien écrits. Le plus souvent je les envoie directement à la poubelle. Mais hier, j'ai eu l’œil attiré par le titre du message : "Marie plutôt que Charlie". J'avoue même que j'ai lu "Mari(n)e", peut-être parce que la radio évoquait l’actualité judiciaire, au tribunal correctionnel de Lyon, qui voyait une Marine fameuse défendre ses idées à elle.

Ce message provient de la maison d'édition #Terramare (qui se trouve, mais c'est probablement un hasard, être dirigée par un certain Grégoire Boucher, lequel est aussi trésorier de Jeanne, un micro parti politique, et qui à ce titre a lui aussi une actualité judiciaire).

Ce message fait la promotion d'un livre racontant le parcours ayant mené deux adultes à l'adoption d'une petite fille. Adopter un enfant est une chose fort généreuse, et je témoigne de tout mon respect envers les parents adoptifs.

Ce qui m'a choqué, c'est l'accroche : "Face à l'insondable et pitoyable bêtise de Charlie qui utilise une rhétorique explicitement eugéniste, c'est à dire raciste, d'un racisme chromosomique, lisez plutôt Marie, tombée du nid !"

Ce verbiage agressif, hors sujet, imbécile (c'est à dire "peu capable de comprendre et d'agir judicieusement") est inutilement provocateur et exaspère le client potentiel. Si le livre est bon, pourquoi donc remuer des cendres ? Qu'est-ce que Cabu et Wolinski ont à voir avec un livre sur un parcours personnel ? Qu'a dit ou écrit Bernard Maris pour être traité de "raciste chromosomique", quoi que cette expression puisse signifier ?

J'ai écrit en ce sens à l'expéditeur. Qui m'a aussitôt renvoyé son message. Alors, je fais de la publicité : Monsieur, vous êtes un sot (personne sans jugement) puisque vos actions vont à l'encontre de vos intérêts, un cuistre (fier d'étaler un savoir mal assimilé) puisque vous déformez la pensée d'individus respectables, importun (qui fatigue par ses assiduités et une présence hors de propos) puisque vous revenez après avoir été prié de déguerpir. Si vous pensez assurer la promotion de vos auteurs avec ce genre de comportement, ils ont du souci à se faire.

Mais peut-être le service que vous leur devez passe après votre propre satisfaction ? Si tel est le cas, c'est une étrange vision de l'éthique.

H

dimanche 18 octobre 2015

On reparle du diesel

J'ai entendu récemment un commentateur, à la radio, dire "le diesel est nocif, c'est pour cela qu'il doit être supprimé" (je ne garantis pas le mot-à-mot, mais c'était l'idée).

La technologie Diesel génère en effet des imbrûlés, que l'on va retrouver sous forme de microparticules dans l'atmosphère. C'est un fait avéré. Et même si de nombreuses voitures sont aujourd'hui équipées de filtres à particules, leur efficacité ne sera jamais de 100,0%.

Ceci dit, l'essence sans plomb est nocive elle aussi. Lorsqu'on a retiré le plomb téhraéthyle du "super" et de "l'ordinaire" de ma jeunesse, on l'a remplacé par du benzène. Or, le benzène est toxique. C'est un cancérogène reconnu. Et c'est tellement vrai qu'il est interdit de proposer à la vente au public des produits qui en contiennent plus de 0,1%. Seule exception, mais de taille : les carburants automobiles, qui en contiennent jusqu'à 1%...

L'Union Française des Industries Pétrolières nous apprend que sur le seul mois de Septembre 2015, 4,33 millions de mètres cubes de carburants routiers ont été vendus en France, dont 80,1% de gazole. L'essence sans plomb représente donc 19,9% de ces 4,33 millions de mètres cubes. Soit 861 670 mètres cubes. A 1% de benzène, cela fait tout de même 8 617 mètres cubes de produit cancérogène. Les carburants routiers ne sont pas les seuls à générer du benzène, mais c'est tout de même une source non négligeable. Si on la multiplie par 5 en supprimant le gazole, que va-t-il se passer ?

Anecdote : un de mes clients doit remplacer un véhicule de fonction, et le conducteur a souhaité avoir un véhicule essence. "Impossible, je crois que c'est interdit, qu'on ne peut avoir, à titre professionnel, que des véhicules diesel" a répondu le patron. Erreur ! Il est possible d'acheter un véhicule essence. Mais dans ce cas, adieu à la récupération de la TVA. De manière surprenante, en France, la TVA n'est récupérable que sur le gazole, pas sur l'essence.

On rend les choses plus claires quand ?

H

mardi 6 octobre 2015

Le triomphe du Made in France (?)

Ce matin, au cours du journal de France Inter, le journaliste est enthousiaste. Il parle du Bougainville, le "navire amiral" de la flotte marchande française (ou au moins de l'armateur CMA-CGM), inauguré ce jour par le Président de la République. Et la presse écrite parle de la même chose, et la télévision, ce soir aussi. Chacun se félicite de la présence sur le quai du Havre de ce mastodonte de 398 mètres de long, transportant 17720 "équivalent - conteneurs de 20 pieds", ou EVP (en pratique, la majorité des conteneurs fait 40 pieds de long, mais cela permet de comparer les bateaux entre eux). J'ai même cru entendre "le triomphe du Made in France". France Info dit "le plus grand porte-conteneur du monde". Rien de moins.

Triomphe, peut-être. Mais Made in France, pour un bateau construit au chantier naval de Samsung, à Geodje en Corée du Sud, c'est peut-être un petit peu exagéré.

D'ailleurs, à bien y regarder, même 398 m de long, ce n'est pas totalement exceptionnel. Les CSCL Globe, CSCL Atlantik Ocean et CSCL Pacific Ocean mesurent 400 m de long... Le Mathilde Maersk mesure 399 m de long. Et même chez CMA-CGM, le Vasco de Gama est plus long (399 m). D'ailleurs, le CMA-CGM Georg Forster et le CMA-CGM Kerguelen font aussi 398 m.

Au niveau de la contenance, chez CSCL, on transporte 18980 EVP, L'UASC Barzan transporte 18800 EVP. Et chez CMA-CGM, le Vasco de Gama transporte 18000 EVP.

Donc, je m'interroge : pour quelle raison un tel emballement ? C'est un beau bateau. C'est un gros bateau. C'est un bateau moderne. Mais rien ne justifie qu'on oublie les bateaux plus longs et plus gros qui existent déjà.

Ou alors, serait-ce uniquement parce que, pour une fois, ce bateau battra pavillon français ? Dans ce cas, en effet, c'est le plus long, plus gros, plus moderne des porte-conteneurs.

battant pavillon français.

H

mercredi 23 septembre 2015

Lorem Ipsum

Connaissez-vous le "Lorem Ipsum", ou faux-texte ? Il s'agit de suite de mots en latin qui n'ont comme seule vocation que de remplir l'espace. C'est utilisé en imprimerie, par ceux qui font de la mise en page de journaux: il ne faut pas distraire le lecteur par du texte signifiant, il faut simplement montrer si les paragraphes seront harmonieux, si les mots seront coupés ou si de trop grands espaces vont les séparer. C'est aussi largement utilisé pour la création de sites internet, on créée automatiquement des pages qui ne sont pas totalement vides. Bref : tout sauf du sens.

Mais bien entendu, celui qui fait la mise en page ne fait qu'une partie du travail. Il s'occupe de la forme et laisse le fond à d'autres. En théorie, comme c'est le fond qui prime sur la forme (!), ceux qui doivent écrire le contenu ne devraient jamais - JA - MAIS ! - laisser subsister des paragraphes vides de sens. Alors, lorsque je tombe sur ceci:


je ne peux qu'être navré!


Madame la directrice, ou monsieur le directeur : pensez à l'image que vous donnez de vous !


H

lundi 21 septembre 2015

Les couts d'obtention de la qualité

Pour les pères fondateurs des principes du management de la qualité, et spécifiquement pour Philip CROSBY (l'auteur de Quality is Free), les couts de non-qualité, ou les couts d'obtention de la qualité (concept un peu plus large) sont un bon indicateur, sinon le meilleur, pour mesurer la maturité du système de management. Bien que peu d'études soient disponibles, il semble qu'une entreprise gérée "à l'ancienne" jette entre 20 et 30% de son chiffre d'affaires à la poubelle (rebuts, travail à refaire), dans les contrôles multiples du travail réalisé (y compris la vérification des feuilles de pointage horaire) et dans les mauvaises décisions prises un peu partout. Les très bonnes entreprises dépensent de 3 à 5% de leur CA.


Ce qui vient d'arriver à Volkswagen, menacée de 16, ou 18 milliards d'euros d'amende par le gouvernement étatsunien pour avoir installé un logiciel qui permettait de repérer les phases de test moteur, et de limiter les émissions polluantes est exemplaire en la matière. Le groupe fait environ 200 milliards d'euros de CA annuel. Même si l'amende ne se monte qu'à 10 milliards, cela représente 5% du CA. En une seule fois! Je ne parle pas des dégâts annexes (une capitalisation boursière qui s'effondre par exemple - le cours des actions, ça va ça vient, et d'autres vont profiter de la baisse pour acheter à bon compte, ou bien entendu des ventes qui risquent de chuter). Sans compter les éventuelles amendes dans d'autres pays.


Il y a donc eu un dirigeant au moins avec une éthique des affaires assez défaillante pour autoriser cet artifice. Et comme si ça ne suffisait pas, il a également pensé pouvoir cacher ça ad vitam æternam. Quel manque de lucidité! Une tricherie pareille ça finit toujours par remonter. Un seul salarié malheureux ou en colère, et c'est fini. Ce dirigeant (ou ces dirigeants) réunissait donc une éthique pitoyable et une incroyable naïveté.

Et ce sont ces personnes qui sont désignées comme les élites de nos sociétés. Pauvres de nous!


H

jeudi 17 septembre 2015

Simplifions le code du travail

Un chef d'entreprise me disait il y a quelques mois : "regardez le code du travail : il fait 3000 pages. 1 000 chômeurs par page [*], vous avez 3 millions de chômeurs."

Son approche est caricaturale, et je ne vais pas m'y attarder. Mais on entend depuis des mois ce refrain : il faut faire maigrir le code du travail. Et depuis quelques jours, le débat s'accélère : la refonte devient urgente. Pourtant, notre code du travail est assez récent. Il a fait l'objet d'une ré-écriture totale en 2008. Le fond n'a pas changé, c'est simplement la structure, les chapitres qui ont été ré-écrits. Comble de l'ironie (ou de la provocation ?), ce nouveau code a été publié ... le 1er mai 2008, jour du travail, le jour le plus férié-chômé qui soit.

L'épais code du travail qui nous est présenté à la télévision est l'édition qu'en fait un éditeur privé. Il comporte les articles, plus de nombreux commentaires et extraits de la jurisprudence. La police de caractère est petite, et le code lui-même représente probablement moins de la moitié du total (je n'ai pas vérifié). Si vous demandez à Legifrance de vous imprimer un fichier pdf du code du travail, vous obtiendrez un document de 2979 pages, en police Times New Roman corps 12, avec un espace de 30 points entre le n° de l'article et son contenu. Au format Dalloz (l'éditeur des livres à couverture rouge), on descendra sous les 1000 pages. Mais cela constitue tout de même, je le reconnais, un document imposant. Le simplifier doit être possible... Prenons ça comme un chantier d'amélioration continue !

Avant de commencer, le qualiticien que je suis doit se demander "Qui est le client ? Quelles sont ses exigences ?" La réponse est assez simple : la loi protégeant le faible, on peut faire l'hypothèse qu'elle protège le salarié, puisque le salarié est a priori en position de subordination vis à vis de son employeur (cette subordination est même une composante essentielle du contrat de travail). Les complications de la version actuelle du code proviennent donc probablement de négociations longues, ou de corrections de textes rendues nécessaires par l'utilisation de failles logiques par certains employeurs.

Pourquoi, par exemple, trouve-t-on dans le code du travail, les articles suivants ?:
  • Article R4412-20 L'employeur, pour toutes les activités comportant un risque d'exposition à des agents chimiques dangereux, prévoit des mesures d'hygiène appropriées afin que les travailleurs ne mangent pas, ne boivent pas et ne fument pas dans les zones de travail concernées.
  • Article R4412-21 L'accès aux locaux de travail où sont utilisés des agents chimiques dangereux est limité aux personnes dont la mission l'exige.
    Ces locaux font l'objet d'une signalisation appropriée rappelant notamment l'interdiction d'y pénétrer sans motif de service et l'existence d'un risque d'émissions dangereuses pour la santé, y compris accidentelles.
  • Article R4412-22 Lors de travaux susceptibles d'exposer à des gaz délétères dans des espaces confinés tels que les puits, conduites de gaz, canaux de fumée, fosses d'aisances, cuves ou appareils quelconques, les travailleurs sont attachés ou protégés par un autre dispositif de sécurité.

Ces articles sont totalement superflus. On peut les enlever sans réfléchir, les barrer d'un trait de plume. Et voilà une demi-page traitée. On poursuit avec quoi ?

On peut jeter ces 3 articles aux oubliettes parce qu'on est là en présence de telles banalités, de telles évidences, qu'il n'est pas besoin de les rappeler. Aucun employeur doté d'une éthique minimum ne peut imaginer soumettre sciemment son personnel à des risques mortels. Bien entendu, si un ouvrier descend dans une cheminée, il doit être attaché ! Personne ne ferait le contraire. Pourquoi rappeler cette évidence, quand l'Article L4121-1 prévoit déjà que "l'employeur prend les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs" ?

Redescendons sur terre ! Si le code du travail prévoit toutes les circonstances où un travailleur doit être protégé, c'est qu'il existe des employeurs qui n'ont pas un curseur suffisamment bien réglé pour identifier les situations à risque. Ou d'autres qui n'ont pas l'éthique suffisante pour cela.

Simplifier le code du travail ? Facile ! Que ceux qui fixent les conditions de travail fassent preuve d'éthique, et les règles pourront être minimales; le simple bon sens suffira à trancher les cas non prévus.


Je crains que ce ne soit pas pour demain !


H


[*] : 1 000 et pas 10 000 comme je l'ai publié d'abord. Cette personne était brutale dans son approche, mais moi je ne me suis pas relu. Merci à Erwann de l'avoir fait pour moi !