samedi 13 décembre 2014

Les règles

J'ai déjà abordé le problème des normes, des règlements, des lois, et de la manière dont elles sont perçues par les acteurs économiques.

Deux exemples qui me semblent porter à réflexion :

J'entendais ce matin à la radio un acteur de cinéma, auquel il était posé la question des cachets des acteurs. La question était d'ailleurs étrangement posée, en passant par l'étrange biais des salaires des footballeurs. Pourquoi diable ne pas être direct ? Mais peu importe ici. "Bon, disait (en substance, je ne cite pas) l'acteur, dorénavant, on est limité à neuf cent quatre-vingt dix mille euros." Visiblement, il n'avait jamais touché autant, et donc il ne semblait pas très concerné. Mais visiblement aussi, il avait une vision très déformée de la réalité. De ce que j'ai pu entendre et lire sur la question, il n'est pas impossible à un acteur de toucher un salaire bien plus élevé que 990 000 € pour un film. Rien ni personne ne l'interdit. Ce qui ne sera plus possible c'est d'obtenir l'avance sur recettes et les autres subventions du CNC lorsque la production sera capable de sortir un aussi gros montant pour rémunérer un acteur. La nuance est de taille. Si les subventions sont faites pour aider la production française à passer les barrières (réelles ou supposées) de l'exception culturelle française, on peut imaginer qu'elles soient attribuées aux projets qui en ont réellement besoin. Et qu'à partir du moment où on arrive à isoler dans le budget un million d'euros, ou plus, pour rémunérer pendant quelques semaines ou quelques mois le travail, le talent et la marque qu'est le nom de l'acteur, alors les avances ne sont probablement pas indispensables...

Autre sujet actuel : le compte pénibilité. Une usine à gaz hurlent les employeurs, inapplicable, couteuse, inefficace, "mesure absurde et anxiogène"... "Je vais devoir embaucher 2 personnes à l'année pour remplir les feuilles" ai-je entendu. Et tout le monde de montrer les incohérences et les absurdités, la mesure de l'angle que doit faire la colonne vertébrale avec la verticale pour ouvrir le droit à l'enregistrement ou la présence du chronomètre pour vérifier si les 5 heures quotidiennes seront atteintes ou non...

Ma vision ici, c'est qu'à la base il y avait une idée noble. Et qu'elle a été transformée en usine à gaz parce que les différents acteurs (pas de cinéma, les acteurs sociaux) se sont affrontés sur le terrain de la mesure, essayant de créer un modèle parfait au lieu de s'en tenir à un modèle juste. D'où la mesure des angles (un critère parfait) et sa contrepartie : l'angle est impossible à mesurer, donc inapplicable.

Pourquoi-donc sommes nous collectivement incapables d'accepter l'idée que pour l'immense majorité des postes de travail, le suivi sera extrêmement facile ? Vous travaillez ici ou là : pas de pénibilité, les critères ne seront jamais atteints, ou si rarement que cela ne représente pas un facteur de risque. Vous travaillez ailleurs, les critères seront atteints tous les jours, ou presque. Donc par défaut, ils seront atteints. Et les points pénibilité tombent (ou ne tombent pas) de manière automatique. D'ailleurs, si le Document Unique est bien fait, si l'évaluation des risques au poste de travail a bien été faite (c'est une obligation, annuelle, depuis 2001, on pourrait parler de son application réelle), les postes à risque sont connus et archi-connus. Et l'employeur a tout fait pour les faire disparaitre... Au final, combien y aura-t-il de postes à suivre de manière réellement individuelle ? 10 %? 5 %? moins ? Tiens, d'ailleurs, est-il possible de suivre individuellement l'exposition des salariés aux radiations ionisantes ? Oui ? Chez tous les salariés du nucléaire ? Dans les cabinets de radiologie ? Chez tous les dentistes ? Oui ? Donc, si ce genre de choses est possible, ça pourrait être dupliqué? Sans que l'on ne s'entretue ? Bonne nouvelle !

Les règles sont ce qu'on veut en faire. En ce moment, elles sont visiblement des arguments pour ne pas bouger, pour opposer les uns aux autres, pour aller vers le conflit.

Messieurs et mesdames nos élites dirigeantes : pensez-vous réellement que le conflit va amener la compétitivité que vous attendez si ardemment ?

H