jeudi 7 janvier 2016

L'optimum global

une fois n'est pas coutume, c'est aux pages saumon du Figaro du mardi 5 janvier 2016 que je dois mon inspiration du moment. Il y est annoncé que Takata pourrait être racheté par ses clients...

Takata est un équipementier automobile japonais, fabricant notamment des ceintures de sécurité, des airbags, des sièges enfants, des volants. C'est une grosse entreprise, présente sur tous les continents, avec plus de 58 000 salariés. Entre mars et septembre, son CA s'est élevé à 282 millions d'euros, avec une marge brute de 46 millions d'euros. (voir le rapport financier.) C'est Takata qui, le premier, a construit une installation dédiée aux crash-tests, afin d'étudier en situation réelle le comportement de ses ceintures de sécurité.

En 1993, 8 428 402 véhicules Honda, Toyota, Mazda, Isuzu, mais aussi Dodge ou Ford sont rappelés aux États-Unis, pour cause de dysfonctionnement de ceintures de sécurité fabriquées par Takata.

Entre 2013 et 2015, ce sont une cinquantaine de millions de véhicules qui sont rappelés, à la suite de dysfonctionnements graves des airbags (déclenchement inopiné, ou projection d'éclats métalliques ayant blessé plus ou moins gravement les victimes). On compte même 8 décès imputables au système de déclenchement. Les amendes infligées au constructeur (70 millions de dollars US, en novembre 2015) ont conduit Honda, client historique, à rompre le contrat. Comme Honda représente 40% des ventes de Takata, la faillite est annoncée.

La grande nouvelle de ce début d'année, c'est que les autres constructeurs ont (ou auraient) décidé d'investir dans leur fournisseur, et de le sauver. Le cas s'était produit en 2012, quand l'Innovation Network Corporation of Japan (qui regroupe des fonds publics, mais aussi en provenance de Hitachi, Toshiba, Panasonic et autres entreprises japonaises) avait massivement investi dans Renesas Electronics, fabricant de semi-conducteurs en difficultés.

Je ne peux qu'applaudir à la décision de clients, œuvrant à sauver leur fournisseur. C'est l'essence même des partenariats, et c'est une bonne compréhension de l'intérêt commun. Un client peut avoir envie de faire baisser ses couts d'achats, donc d'acheter moins cher. Mais un client a tout de même besoin de son fournisseur! Il est donc normal de faire ce qu'il faut pour le maintenir en vie.

J'aimerais que des exemples similaires voient le jour en France, ou au moins en Europe, que des clients (concurrents entre eux) s'associent pour maintenir à flot un fournisseur.

Ils y trouveraient leur avantage (changer de fournisseur d'airbags prend du temps, donc coute de l'argent), mais surtout, la collectivité y trouverait un avantage énorme, car on conserve dans le tissu industriel des compétences qui autrement auraient disparu.

Un des aspects du miracle japonais, c'est peut-être bien cela, la recherche d'un optimum global, au niveau national...

H