mardi 11 juin 2013

Bac 2013, option journalisme

Belle profession que celle de journaliste ! On enquête, on s'informe, on analyse, puis on synthétise, on distille, on écrit, on cherche le mot juste, la formule percutante...

Difficile métier, que celui de journaliste ! On est sans cesse suspecté de partialité (alors que les convictions sont belles), on n'est jamais sûr de disposer de tous les éléments et surtout, on est exposé. La moindre erreur est identifiée, et les milliers de jaloux, à l'affut de la faute, s'empressent de se moquer.

Qu'il soit entendu, amis journalistes, que j'ai le plus grand respect pour votre corporation (l'une de celle que j'aurais aimé rejoindre, comme celle des libraires). Mais il faut reconnaître que parfois, vous les accumulez. Et là, je me dois de réagir.

  1. Il y a quelques jours, François LENGLET, au 20 h de France 2, nous parle de la politique familiale (il est alors question de revoir le montant des allocations familiales, ou de plafonner l'avantage fiscal du quotient familial). M. LENGLET montre alors deux jolis graphiques. Sur le premier sont représentés les montant versés par différents pays européens au titre des allocations familiales, en % du PIB. Le second graphique montre l'indice de natalité de ces mêmes pays européens. Sans surprise, les pays dans lesquels il y a beaucoup d'enfants dépensent plus que ceux dans lesquels la natalité est plus faible.

    Et là, surprise ! La conclusion, détonante de contre-sens "c'est bien la preuve que lorsque l'on verse des montants élevés, les femmes font beaucoup d'enfants". Si c'est de la mauvaise foi, elle est à mettre dans un bocal, pour l'édification des générations futures. Si c'est une faute de raisonnement, c’est plus problématique. Car enfin, Monsieur "j'ai un avis sur tout", l'idée toute simple que la relation de cause à effet est inverse ne vous a jamais effleuré l'esprit ? C'est parce qu'il y a beaucoup d'enfants que l'on dépense beaucoup ! Peut-être parce que les décideurs sont eux-mêmes parents de familles nombreuses, mais en tout cas, je n'ai jamais rencontré qui que ce soit qui ait "mis en route" un bébé au seul motif que ça allait lui rapporter de l'argent.

  2. Toujours sur le même sujet, mais je ne me souviens plus sur quelle radio, un politique de l'opposition s'offusquait que dorénavant, un contribuable avec enfants allait débourser le même montant qu'un contribuable sans enfant. Et le journaliste n'a pas tenté de lui faire remarquer que, tout de même, 1500 € de déduction par enfant, cela représentait un montant non négligeable. On peut s'insurger, mais l'outrance ne sert pas le propos. Et l'interviewer devrait, à mon avis, toujours rappeler les évidences.

  3. Et cerise sur le gâteau, depuis deux jours, ce sont les couts cachés du baccalauréat qui font l'info. Radio, télévision, même dans Le Monde daté de ce mardi, on titre en Une "Le vrai coût du bac : 1,5 milliard d'euros". (au passage, j'avais cru que la réforme de l'orthographe de 1990 (il n'y a que 23 ans) avait supprimé l'accent circonflexe de cout? On la fait vivre, notre langue, ou bien ?). Pour la première fois, nous apprend-on, une estimation des couts indirects permet d'approcher le "vrai" cout du baccalauréat. Entre 75 et 100 millions d'euros, pensiez-vous ? Faux, archi faux ! Il ne s'agit que du cout direct, l'impression des sujets, les corrections. Mais il faut y ajouter ... les salaires correspondant aux cours non assurés, qui représentent 1 milliard pour Le Monde, 1 437 000 000 € (dans le texte) ou 1 434 500 000 € (dans le graphique) pour le Syndicat des chefs d'établissements, le SPDEN.

    Je félicite les experts du syndicat en question, une estimation à 0,3 pour mille, c'est pointu ! Et comme je n'ai aucune donnée pour estimer de mon côté, ma foi, j'accepte leur chiffre, comme j'accepte aussi celui du Monde.

    Non, ce qui me chiffonne, c'est l'analyse qui en est faite. Toujours dans Le Monde "Selon une simulation faite par un économiste [affirme ce chercheur au CNRS] la suppression de l'examen permettrait de recruter 5000 enseignants supplémentaires, 8000 infirmières, distribuer 250 000 bourses en plus". Et il n'y a personne pour bondir ? Personne pour comprendre que ce raisonnement sonne plus creux qu'un tonneau vide ? Je veux bien que tous les journalistes ne soient pas économistes, mais tout de même, vous avez encore du bon sens, non ? Qu'on calcule le montant des heures de cours non assurées, c'est une chose. Mais qu'on transforme le résultat en économie potentielle, c'est une erreur de raisonnement colossale ! Supprimez le baccalauréat, messieurs-dames, et comptez ce que cela va rapporter : 75 à 100 millions d'euros, ceux des couts directs. Et pas un centime de plus. Les profs, qu'ils soient payés à faire cours, ou à ne pas assurer leurs cours, ils sont payés ! Ils ne vont pas spontanément rendre l'argent.

    Non, supprimez le baccalauréat, et vous remettez x milliers de profs face à leur classe. Vous avez une meilleure utilisation des ressources, mais pas un dollar zimbabween d'économie.

Alors, je vous en conjure, calmez-vous , respirez par le diaphragme (ça aide), et ne propagez pas, sans réfléchir quinze secondes, des inepties.

H.