vendredi 6 mai 2016

Paradigme

Vendredi matin (6 mai 2016), sur France Inter. Le débat économique porte sur la rémunération des patrons du CAC 40. 4 millions d'euros en moyenne chaque année, soit 170 ans de SMIC. Est-ce plus ou moins justifié que les 15 millions d'euros touché par tel ou tel footballeur ? Bref, les banalités habituelles dans un débat qui ne fait pas beaucoup avancer la réflexion.

Sauf qu'à un moment, on parle des pays qui limitent, et de la France, qui a fixé comme rémunération maximum la somme de 450 000 € annuels pour les entreprises publiques. Et là, j'ai la surprise d'entendre, de la bouche de Dominique SEUX (directeur délégué du quotidien Les Échos, l'un des "débatteurs" attitrés) l'énormité suivante (je cite) : "Avec pour résultat, c'est que ceux qui vont à la tête de ce type d'entreprises publiques, par exemple EDF, ont déjà fait leur fortune avant. Voilà, bon !"

Pourquoi énormité ? Pour deux raisons :
* D'abord parce que que l'expression "ceux qui vont dans ce type d'entreprises" pourrait laisser supposer qu'ils y vont à reculons, sans motivation. Et c'est extrêmement choquant. Quand on est appelé par le gouvernement à la tête d'une entreprise publique, on va faire son travail avec enthousiasme - ou on laisse sa place.
* Ensuite et surtout parce qu'il semblerait inéluctable que les chefs des grandes entreprises n'ont comme seule moteur que le désir de faire fortune. "Voilà, bon !" Pour accepter de ne gagner "que" 450 000 euros par an (soit tout de même 37 500 euros par mois - je n'ai jamais gagné autant), il faudrait donc nécessairement "avoir fait [sa] fortune avant". Je le répète c'est très choquant.

Mais d'où tirez-vous, cher Monsieur SEUX, que l'aptitude à diriger les grandes entreprises est définitivement liée à la cupidité ?

Et comment se fait-il que, dans le studio, telle représentation ne fait bondir personne ?

H