samedi 8 juin 2013

OGM : le vrai du faux

C'est le titre de l'épisode du jour de l'excellente émission de France inter "CO2 mon amour", animée par l'excellent Denis Cheissoux. Invité cette semaine Frédéric Denhez, auteur d'un livre au titre identique (OGM : le vrai du faux).

Vous le savez (ou pas), la thématique des OGM m'intéresse. J'ai donc prêté une oreille attentive à ce qui était dit. Et à l'issue de la diffusion, trois constats :

  • Le ton non polémique, le recul de l'invité m'ont enchanté. Rien que pour ces apports dépassionnés, merci.

  • Je regrette néanmoins que, une fois encore, on n'ait pas parlé des OGM obtenus par mutagénèse aléatoire, ces OGM cultivés en plein champ depuis des dizaines d'années, sans la moindre étude, et sans le moindre sentiment de danger. Je ne m'expliquerai jamais pourquoi les adversaires des OGM font preuve d'une telle mansuétude envers ces végétaux-là.

  • Une chose toutefois m'a fait bondir. Lorsque Frédéric Dehnez dit (au bout de 7 minutes 46) "... de toutes façons nos vaches quand bien même elles sont en pré, sur des prairies, dès lors qu'elles mangent en ensilage l'hiver des tourteaux de soja pour supplémenter leur alimentation, elles mangent des OGM. Donc de toutes façons l'ensemble des produits laitiers et carnés provenant des vaches sont très certainement, entre guillemets, contaminés par des gènes étrangers.", je ne peux que sursauter. Pas tellement parce que les tourteaux de soja ne sont pas ensilés, l'ensilage est une technique différente, mais parce que depuis que l'homme est homme, il consomme des végétaux et des animaux. Donc des gènes d'origine végétale et des gènes d'origine animale, et aussi des gènes bactériens, fongiques ou viraux. Et personne ne peut sérieusement soutenir que, si des gènes arrivent à passer la membrane intestinale, ils viendront s'intégrer dans le patrimoine génétique héréditaire. On l'a cru longtemps - c'est en partie pour cela que les cannibales mangeaient le cœur de leurs ennemis vaincus : pour récupérer leur vaillance, ou que l'on consommes des "corones del toro". Mais si c'était vrai, on commencerait à voir que je mange volontiers des moules et des bigorneaux. Et Vian aurait eu tout juste avec son nénuphar pulmonaire.

    Non, sérieusement, le fait que les gènes ingérés soient OGM ne contamine pas plus (et pas moins) l'animal que lorsqu'ils ne sont pas OGM. Et je ne pense pas qu'on puisse avoir peur d'un gène de maïs au seul motif qu'il est issu d'une bactérie. Car enfin, le Maïs Bt ne contient rien d'autre qu'un gène du Bacillus thuringensis, celui qui permet la synthèse de la toxine qui tue la pyrale. Mais les agriculteurs bio autorisent (recommandent) la pulvérisation sur les cultures de maïs de suspensions de bouillons de culture contenant ce même B. thuringensis, là aussi pour se débarasser des larves de pyrale... Alors on en consomme aussi dans ce cas-là ? Vous ne me ferez pas croire que le même gène est dangereux dans un cas et inoffensif dans l'autre.

    Vous ne me ferez pas croire non plus que, si les gènes ingérés passent sans modification dans l'organisme des animaux positionnés à l'échelon supérieur de la chaîne alimentaire, alors on ne doit étudier les effets que de ceux qui sont découpés par Monsanto, et pas ceux de la fétuque élevée, du pâturin ou du dactyle (3 des graminées que l'on retrouve dans le foin).

Quel dommage que l'animateur ne soit pas intervenu à ce moment là.

H